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Madère - l'oasis atlantique

C'est un pic de verdure surgi de l'océan. On s'y pose, après un long survol de l'Atlantique, heureux d'atteindre une terre volcanique où vécut Christophe Colomb...

C'est un pic de verdure surgi de l'océan. On s'y pose, après un long survol de l'Atlantique, heureux d'atteindre une terre volcanique où vécut Christophe Colomb...
Bercée par l'anticyclone, Madère ne connaît pas la crise. Ici, ni bruit, ni fureur. L'île, connue pour ses cépages centenaires vieillis en fût de bois, aborde le siècle avec l'entrain feutré d'une terre qui sait où elle va. Calme et volupté riment pourtant avec modernité. C'est la première leçon qui s'impose au visiteur, forcément descendu du ciel. L'avion reste, en effet, le cordon vital qui relie cette province portugaise au reste du monde. Junchal, la capitale de Madère, jaillie des flots à l'ère tertiaire, il y a 35 millions d'années, a tout, grâce à lui, d'une métropole régionale développée, qui ne cesse d'embellir depuis l'entrée du Portugal dans l'Union européenne.

La montagne à la mer

Chaos de ravins et de pics - Pico Ruivo atteint 1.861 mètres - Madère déroule, sur une superficie de 730 km², ses terrasses arrachées à la pente (*). Les parcelles dédiées à la vigne, aux plantations de bananes, de canne et de maïs dissimulent parfois de petites huttes étables. Cet aménagement du terrain par l'homme remonte à l'arrivée des premiers colons, au XV e siècle, et s'est poursuivi depuis. La forêt primitive - Madeira signifie bois en portugais - a lâché prise sous la pression. Madère ressemble aujourd'hui à un monumental escalier de cultures où s'incruste l'habitat et serpente un habile réseau de canaux d'irrigation. Un paradis botanique pour randonneur couvre le reste de l'île. Agaves, agapanthes, lys, azalées, orchidées, hibiscus, aloès, dragonniers, orangers, tamaris, frangipaniers ou tulipiers poussent comme bon leur semble. De quoi faire pâlir de jalousie les charretées de vieilles Anglaises qui marchent dans les pas de Sir Winston Churchill - un adepte du Reid's, le palace maderois - et arpentent Madère aussi souvent que le très londonien Harrod's. Elles se réconfortent au tea-time en avalant un doigt de Madère, ce pur nectar d'origine italienne mais que les Anglais ont eu le bon goût de commercialiser dans l'Empire et au-delà.

A l'abri des transhumances

Madère tient bien de l'oasis. Il n'est pas surprenant qu'elle ait su depuis des lustres, en adaptant son infrastructure routière et hôtelière, accueillir des flots raisonnables de touristes. Son relatif éloignement et l'absence de littoral sablonneux lui épargnent de trop massives transhumances estivales. L'île est, en effet, plus accessible par l'air que par l'eau. Elle plonge ses parois d'origine volcanique dans des abîmes marins de près de 4.000 mètres. Assez profonds pour abriter d'étranges poissons des grands fonds, comme l'espada, à griller accompagné de bananes braisées. Un délice. Nul ne sait si ses découvreurs jouaient du barbecue sur la côte, mais des documents anciens témoignent de l'intérêt qu'a toujours suscité l'archipel pour un grand nombre de navigateurs. Zarco, le premier d'entre eux, s'y installe en 1418. Christophe Colomb s'y rend en 1470 pour acheter du sucre de canne pour le compte d'un négociant italien. A son retour à Lisbonne, il croise la fille du gouverneur de Porto Santo, l'épouse à Madère en 1479. C'est là que naît son fils Diego. Le navigateur y vivra trois ans et y fera à nouveau escale en 1498, lors de son troisième voyage vers les Amériques. Escale aussi pour James Cook, en 1768 sur l'Endeavour puis en 1772 sur le Resolution et l'Adventure. Escale enfin en 1785 entre Brest et le cap Horn pour le Comte de la Pérouse et son navire La Boussole. Aujourd'hui, le Queen Mary II et ses frères de luxe ont pris le relais. A leur bord, ni corsaire ni explorateur. Juste des touristes en quête d'un havre de paix.

(*) Porto Santo, l'île secondaire, fait 45 km².

Le Queen Mary II quitte Funchal, la capitale. (Photos Anne Lessard) . 90% de la population fréquente l'église catholique.

Situation.

L'archipel de Madère se situe à 980 km de Lisbonne et à 600 km du cap Juby au Maroc. Composé de deux îles principales - Madère et Porto Santo - et d'îles secondaires (les Desertas et les Selvagens), il fait partie du continent africain.

Climat. Doux, avec peu d'amplitudes thermiques (moyennes : 17° C en hiver, 22ºC en été). Précipitations nulles de juin à septembre.

Langue. Portugais.

Formalités. Les mêmes que pour le Portugal continental, membre de l'Union européenne. Carte nationale d'identité ou passeport.

Heure légale. Une heure de décalage avec la France (midi à Paris, 11 h à Funchal, la capitale).

Monnaie. L'euro.

Y aller. Vols : au départ de Paris (Orly et Roissy), la TAP assure 9 vols quotidiens vers le Portugal dont 2 vers Madère (à 7 h 10 et 20 h 15). Durée du vol 4 h 30. Site : www.tap.fr. Renseignements : 0.820.319.320 et 0.810.810.823.

Tour-opérateur. Donatello propose plusieurs formules dont des week-ends au Reid's Palace comprenant le vol, les transferts et trois nuits en chambre double à partir de 958 € par personne (01.44.58.30.81 ou www.donatello.fr); pour l'hébergement seul : réservations auprès d'Orient-Express (01.55.62.18.00 ou www.orient-express.fr).

Se renseigner. Office du tourisme du Portugal : 0.811.65.38.38 ou www.visitportugal.com

A faire. La descente de Funchal en traîneau d'osier, les Carros de Cestos. Frissons garantis à bord de ces nacelles d'osier montées sur des patins de fer qui dévalent les rues en pente, guidées par deux hommes, leurs talons pour tous freins.

A visiter. Le Musée Christophe Colomb, situé au 48 de l'Avenida Arriega, abrite un document exceptionnel, le Psalterium, imprimé en 1516 en quatre langues, premier ouvrage à relater les découvertes.

A ramener. La dentelle si on aime. Le vin de Madère absolument.

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