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Kériolet. Le château d'une fantasque Russe

1988. Un Parisien amoureux des vieilles pierres découvre, à quelques encablures du port de Concarneau (29), lové dans un écrin de verdure, un curieux château à l'abandon.

C'est le coup de foudre. « Impossible de laisser une telle bâtisse dans cet état », tranche Christophe Lévèque. Même si cela prendra du temps, le château de Kériolet est sauvé.

L'incroyable histoire de cette bâtisse hors norme n'est pas finie. Une histoire qui commence à la fin des années 1850, quand une princesse russe du nom de Zénaïde Youssoupoff rencontre, à Paris, un certain Charles Chauveau et en tombe, illico, amoureuse.

Elle a 60 ans, lui en a 30. Plus embêtant, le bel officier n'a rien d'un aristocrate. Il est seulement aide de camp de Napoléon III. Alors que Zénaïde, née Narischkine et veuve du prince Youssoupoff, a, elle, de qui tenir.

Complètement transformé

Mais avec de l'argent tout peut s'arranger. D'autant plus facilement que Zénaïde est immensément riche. À Charles, elle offre sur un plateau les titres de comte de Chauveau et de marquis de Serres. Le roturier, devenu aristocrate, rêve désormais de politique. Un petit siège de conseiller général du côté de Concarneau lui ferait bien plaisir.

Mais il lui faut une résidence dans le coin. Il y a là, sur les hauteurs de Concarneau, à Beuzec-Conq, ce manoir datant du XIIIe siècle.

Certes, la princesse le trouve un peu austère mais le coin est superbe. Et Zénaïde aime la Bretagne. La fantasque princesse ne va pas lésiner sur les moyens pour le transformer à son goût. Rien n'est trop beau. Elle fait appel à l'architecte diocésain Joseph Bigot, celui-là même qui a conçu les flèches de la cathédrale de Quimper.

Le manoir est complètement transformé. Plusieurs centaines d'ouvriers y travailleront plusieurs mois pour en faire un joyau de l'art néo-gothique, très à la mode à l'époque. Ils ornent la façade de granit ciselé dans laquelle s'incrustent pattes d'hermine et fleurs de lys.

Une tour est bâtie ainsi qu'une nouvelle aile pour fermer la cour d'honneur. Chaque carreau en faïence de la cuisine est peint à la main. Sur le toit, un ours assis regarde vers l'Est, vers la Russie...

Payé deux fois

Mais toutes les grandes histoires d'amour ont une fin. En 1889, à 57 ans, Charles meurt. Zénaïde quitte Kériolet pour Paris. Commence pour le château une longue période chaotique au cours de laquelle il va changer plusieurs fois de propriétaires. C'est d'abord la soeur du comte de Chauveau qui en héritera. Puis Zénaïde le rachètera. « Ce château, la princesse l'aura payé deux fois, une fois pour le transformer et une fois pour le reprendre à l'héritière », observe Christophe Lévèque.

À sa mort, en 1893, elle en fera don au département du Finistère, à la condition que l'ensemble du domaine reste en l'état. Ce qui ne fut pas le cas. Dans les années 1940, Félix Youssoupoff, arrière-petit-fils de Zénaïde, attaque le Département pour non-respect de donation. Un procès qui fera grand bruit et durera près de dix ans. Finalement, le prince obtient gain de cause et récupère la bâtisse qui était devenue entre-temps le musée breton.

« J'en prenais pour vingt ans »

Mais Félix ne gardera pas longtemps le château. Ruiné, il le vend.

Pour Kériolet, c'est le début de la fin. Laissé à l'abandon, il est la cible de vandales et l'ouragan de 1987 lui inflige de terribles blessures. Autant dire que, sans le concours de circonstances qui a conduit Christophe Lévèque à Beuzec-Conq, le château serait probablement aujourd'hui totalement en ruine. « La seule chose intelligente à faire était de le rénover et de l'ouvrir au public. Ça ne m'a pas fait peur, je savais que j'en prenais pour vingt ans. » Le château a presque recouvré son lustre d'antan. Lentement, mais sûrement, et avec les moyens qui sont les siens, l'amoureux des vieilles pierres a réussi son pari. La princesse Zénaïde peut reposer en paix, le château est entre de bonnes mains.

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En ligne 408 visiteurs / 0 membre - Mis à jour le samedi 25 novembre 2017

Crédits : Réalisation Le Studio T sous eZ publish

Photo (panoramique fond de page) : Photographe Christophe ALLAIN