1854 La trouvaille vestimentaire d'Alexandre Massé

1854 La trouvaille vestimentaire d'Alexandre Massé

Simple, mais encore fallait-il y penser ! Jusqu'alors les boutons de vêtements ne possédaient que deux trous. De sorte qu'ils se décousaient sans cesse. Grâce à l'ingéniosité du Quimpérois Alexandre Massé, le problème a été résolu.

Certes, il ne s'agit pas de l'invention du siècle. Elle n'a d'ailleurs laissé que peu de traces dans les ouvrages d'histoire et l'on cherchera, en vain, le nom du découvreur dans les dictionnaires encyclopédiques. C'est un fait que, vingt ans tout juste après la création de la machine à vapeur et à l'aube de la révolution industrielle, l'événement apparaît tout à fait mineur. Il n'empêche que, sur le plan du confort, cette trouvaille a rendu un grand service. Les pantalons qui tombaient, les manteaux et les cols de chemises qui s'ouvraient... Bref, on n'en finissait pas de recoudre les boutons et, du même coup, de soigner les rhumes. Tout cela à cause d'un malheureux fil qui, passant par deux fichus trous, cédait à la moindre pression. On en était donc là lorsque cet homme de génie, né sur les bords de l'Odet, à Quimper, trouva enfin le remède à ces maux. Une solution qui, non seulement réconcilia les clients avec leurs effets, mais de surcroît contribua largement à son enrichissement personnel. Qui plus est, Alexandre Massé n'avait pas que l'esprit inventif, il possédait également des vertus morales bien ancrées. Homme de bien, profondément catholique, il s'inscrivait dans la mouvance du progressisme social de l'époque. C'était un philanthrope.

Orphelin à cinq ans

C'est donc à Quimper qu'Alexandre Massé voit le jour, le 15 février 1829, dans une famille qui compte déjà quatre enfants et habite la rue Neuve (aujourd'hui Jean-Jaurès). Son père, Yves Michel, alors âgé de 64 ans, est un ancien de la Marine. Son petit dernier n'a que trois ans lorsque, passée la quarantaine, sa mère, Marie-Hélène Le Clerc, meurt, victime de l'épidémie de choléra qui sévit dans la région. Et comme un malheur n'arrive jamais seul, son mari la suivra dans la tombe deux années seulement après. Orphelins, les deux aînés sont placés au collège de Pont-Croix, tandis qu'une des soeurs est confiée à des parents et le benjamin recueilli par son parrain, archiviste départemental, un ami de son père. Parvenu à l'âge scolaire, Alexandre entre chez les Frères de la doctrine chrétienne enseignant à l'école Saint-Corentin. D'emblée il se distingue par son application au travail et ses bons résultats. Au point qu'à 15 ans sa famille d'adoption le dirige vers l'École des Arts et Métiers dont il sort trois années plus tard.

Un capitaine d'industrie

Diplôme en poche et nanti d'un pécule de 500 francs, il trouve aussitôt un emploi de dessinateur-mécanicien dans une usine de Nantes. Mais une place plus lucrative s'offre à lui peu de temps après. Voilà donc Alexandre Massé à Paris dans une fabrique de boutons. Les affaires marchent tant bien que mal en raison des événements politiques. Grâce, toutefois, à son esprit d'initiative et à ses connaissances techniques, il redresse rapidement la situation. L'entreprise connaît un tel essor qu'en 1852 il s'en voit confier les commandes. C'est alors le début d'une ascension qui va lui faire côtoyer le nec plus ultra du monde de l'industrie. Il attire en particulier l'attention d'un de ses clients, un certain Petitcuenot, lui-même manufacturier, qui, intuitivement, lui prédestine un grand avenir. D'étroites relations se nouent donc entre les deux hommes au point qu'Alexandre Massé épouse en 1854 la fille de son collègue et ami. Du coup, la carrière professionnelle du Quimpérois émigré franchit un nouvel échelon sur le plan financier. Et pour cause : la dot de 42.000 francs apportée par sa femme dans la corbeille de mariage est sept fois supérieure à la part qu'il possède personnellement dans la fabrique à boutons. En bon gestionnaire, il s'empresse aussitôt d'investir cet apport de capitaux et fonde sa propre usine utilisant des moyens de production plus perfectionnés.

Le bouton conquiert l'Amérique

C'est ainsi qu'apparaît sur le marché le fameux bouton à quatre trous, qui répond à un réel besoin et dont l'idée lui trottait dans la tête depuis quelque temps. Aux côtés d'autres articles originaux pour l'habillement civil et militaire, la nouveauté fait un véritable tabac tant en Europe qu'aux Amériques. Il s'ensuit une augmentation considérable de ses revenus, ce que ne manquera d'ailleurs pas de souligner, après sa mort, le professeur André Allier dans un opuscule intitulé « Un coeur breton ». « Doué d'une loyauté parfaite et de cette initiative hardie qui fait les grands industriels, Alexandre Massé vit sa maison devenir de plus en plus prospère et, après de longues années d'un labeur obstiné, il acquit une véritable fortune », écrit notamment l'auteur. Mais sans risque désormais de « faire craquer les boutons de sa veste », aurait-on pu ajouter plaisamment. Ainsi pourvu, à 55 ans et sans enfants, le dernier-né des Massé décide donc de passer la main. Il cède l'entreprise à son beau-frère, Achille Anglade, et revient en Bretagne pour se consacrer aux jeunes défavorisés..

Au secours de la misère

Il s'établit, en 1888, avec sa femme, deux religieuses et quatre domestiques dans son manoir de Kerbernez, à Plomelin, additionné à son patrimoine immobilier quatre ans auparavant en même temps qu'une propriété surplombant la rue Bourg-les-Bourgs, à Quimper, et comprenant une maison de maître. De celle-ci, il fera un asile destiné à l'accueil des orphelins de sexe masculin sans ressources afin de pourvoir à leurs besoins et leur procurer l'éducation et l'instruction indispensables. Une trentaine d'enfants âgés de cinq à quinze ans y trouveront place dans des structures construites et aménagées à ses frais. Après quoi, Alexandre Massé transformera, à la fin du XIX e siècle, son château de Plomelin en école d'agriculture, de manière que soit poursuivi cet enseignement professionnel, alors qu'il aura regagné Paris avec son épouse où elle s'éteindra dix-neuf ans avant lui. Outre la Légion d'honneur, l'inventeur du bouton à quatre trous emportera dans la tombe le prix Montyon décerné par l'Académie française en récompense du soulagement apporté à la misère.

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