Eckmühl. Le phare de la marquise

Eckmühl. Le phare de la marquise

À Penmarc'h (29), port de Saint Pierre, se dresse, impressionnant, le phare d'Eckmühl. Mis en service voilà 110 ans, le 17 octobre 1897, celui qui veille sur les marins doit son nom aux dernières volontés d'une marquise parisienne.

Le 7 octobre 1892, Adélaïde-Louise Davout, marquise de Blocqueville, décède dans son hôtel parisien, quai de Malaquais. Un décès qui va profondément modifier la construction, à Penmarc'h, du nouveau phare, dont les plans ont été arrêtés deux mois plus tôt. Depuis novembre 1835, existe à la pointe du Pays bigouden, un phare. Une tour en maçonnerie de pierres de taille qui s'élève à 40 m au-dessus du niveau de la mer et au sommet de laquelle a été installée une lentille de Fresnel. Réalisé par Rouvillois de Glomel, ce phare succède à une autre tour, provisoire.

Un phare provisoire

S'il existe une tour à feu depuis le XV e siècle, il faut attendre 1792 pour que Penmarc'h soit doté d'un véritable phare. Le projet présenté par Antoine Thevenard, ministre de la Marine, va connaître, dans sa réalisation, de nombreuses péripéties. Si les travaux débutent en 1794, le manque de crédits empêche toute avancée. Et lorsqu'ils reprennent, trois ans plus tard, ils sont une nouvelle fois stoppés alors que seuls ont été réalisés les fondations et les soubassements. Ce n'est qu'en 1831 que la Commission des phares décide d'y construire une tour. Dans le même temps, l'ancienne tour à feu est utilisée comme phare provisoire. Équipée d'une lanterne, dont la portée est de quatre lieues, cette tour va fonctionner jusqu'à la mise en service, en 1835, du phare de Penmarc'h.

Travaux différés

En 1882, Émile Allard, ingénieur du service des phares, propose un vaste programme d'électrification des feux de France. Programme dans lequel figure bien évidemment le phare bigouden. Mais d'une hauteur insuffisante, ce dernier ne peut recevoir, en l'état, le nouveau feu. S'il est un temps projeté de rehausser la tour d'une vingtaine de mètres, afin de bénéficier de toute l'intensité lumineuse, sa fragilité et son trop faible diamètre, conduisent les ingénieurs à opter pour une solution radicalement différente, celle d'une construction neuve. Les plans et devis présentés en 1890 sont approuvés en mai 1892. Avant que des « circonstances spéciales » ne diffèrent l'opération.

Un legs qui change la donne

En mourant, la marquise de Blocqueville laisse derrière elle un testament dans lequel elle exprime sa « plus chère volonté » de voir élever « un phare sur un point dangereux des côtes de France ». La marquise souhaite également que le phare soit élevé sur les côtes bretonnes « obscures et dangereuses » et « sur quelque terrain solide, granitique, car je veux que ce noble nom demeure longtemps béni » (lire encadré). Et pour soutenir cette entreprise, elle lègue une somme de 300.000 francs-or (915.000 € actuels) afin que « les larmes versées par la fatalité des guerres » soient « rachetées par les vies sauvées de la tempête ».

Deux sites en concurrence

Une commission chargée d'étudier le legs, après l'avoir jugé recevable, retient deux sites : Penmarc'h et l'île Vierge. Et c'est finalement le site bigouden qui recueille les suffrages. La convention ratifiée par décret ministériel du 16 mars 1893 prévoit dès lors le remplacement de la vieille tour pour une nouvelle, située à 122 m à l'Est, et qui prendra pour nom celui d'Eck-mühl, conformément aux dernières volontés de la généreuse donatrice. Bourdelles et Charles Ribière, ingénieurs, dressent les plans du nouveau phare. Ils s'adjoignent également les services de Paul Marbeau, architecte parisien diplômé. Les nouveaux plans sont approuvés en mai 1892. Un an plus tard, en septembre 1893, les travaux, confiés à l'entreprise parisienne Vabre, peuvent débuter. Ils vont durer quatre ans pour un coût de 450.000 francs.

Des travaux particulièrement soignés

Les travaux sont particulièrement soignés. Ainsi, la tour octogonale qui s'élève à 54,20 m est exécutée en kersantite. La roche magmatique, extraite des carrières proches de Logonnna, est acheminée par la mer jusqu'au port de Kérity. De là, elle est transportée jusqu'au site à l'aide de charrettes avant d'être taillée en fonction des besoins. La tour propose un escalier en colimaçon de 272 marches, également en kersantite, et un revêtement intérieur réalisé en plaques d'opaline azurée. Marbre bleu turquin pour le plafond, acajou d'Australie pour la porte d'entrée, boiserie et bronze poli renforcent l'impression grandiose qui se dégage de l'édifice. Qui bénéficie aussi d'une lanterne de qualité. Construit par l'entreprise parisienne Sautter-Harlé et Cie, le système d'éclairage électrique dont est doté le phare se compose de deux optiques à quatre lentilles de Fresnel dont la portée est de 23,5 milles. Électrique lors de sa mise en service, Eckmühl était alimenté par deux chaudières à vapeur avant d'être raccordé au réseau en 1930.

La Marseillaise jouée au biniou

L'inauguration, initialement prévue en septembre 1895, est reportée au 17 octobre 1897, date de sa mise en service. Une inauguration dont se fait l'écho le journal l'Illustration. Le 16 octobre 1897, une photo du phare, signée Villard, à Quimper, annonce l'événement. Le 23, une pleine page lui est consacrée. Un compte rendu qui souligne « la foule pittoresque et endimanchée », rappelle notre confrère Pierre Deloye, dans son billet du 14 octobre 1997. Une cérémonie durant laquelle est jouée la Marseillaise, « toujours un peu surprenante quand elle est jouée au biniou ». Malgré l'absence des deux ministres (représentés par le capitaine de vaisseau Lefèvre), et du préfet maritime (le vice-amiral Fournier), les officiels au nombre desquels figurent Le Myre de Vilers (1833-1918), ancien gouverneur de la Cochinchine et exécuteur testamentaire de la marquise, le directeur du service des Phares et le député Cosmao-Dumenez, vont « faire jaillir la lumière ». Et hommage fut rendu dans la chambre des machines à la généreuse donatrice « dont le nom restera toujours dans le coeur des marins ».

Lavilliers pour parrain

Un siècle plus tard, lors du centenaire, c'est Éric Tabarly qui établit une liaison radio avec le phare pour le célébrer. Et ce 17 octobre 1997, à 17 h, hommage est rendu au phare par un « concert » de cornes de brumes. Dernièrement, en 2005, le phare, parrainé par le chanteur Bernard Lavilliers, était au nombre des trente phares participant à l'opération de générosité au profit de la SNSM.

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