Hippolyte de Piré : Un héros oublié.

Hippolyte de Piré : Un héros oublié.

Entre les XVIII e et XIX e siècles, il a participé, pour ainsi dire, à tous les combats et exposé maintes fois sa vie. Pourtant, le Rennais Hippolyte de Rosnyvinen, comte de Piré, n'a laissé qu'un relatif souvenir dans la mémoire collective bretonne.

Décidément, le ciel continue de s'assombrir sur la Bretagne, en cette seconde moitié du siècle des Lumières. Non seulement l'orage commence à gronder dans les campagnes, mais, en plus, il y a de la brouille au Parlement de Rennes. Le duc d'Aiguillon, gouverneur de la province, accapare sans vergogne les pouvoirs dévolus aux États généraux ; de surcroît, il s'en prend ouvertement à la noblesse qu'il accuse d'être « travaillée par des idées républicaines tout en étant dévouée à la personne du roi ». Au premier rang des protestataires, figure un aristocrate de haut lignage particulièrement remonté : le comte de Piré, instigateur de l'aménagement du port de Saint-Malo en port de guerre, et pourtant surnommé le « Petit Piré ». Était-ce en raison de sa taille ? Toujours est-il que de son mariage avec Marie-Hélène Éon de Vieux-Châtel, naît en 1778, à son domicile rennais de l'hôtel du Contour de la Motte, devenu par la suite siège de l'archevêché, un garçon prénommé Hippolyte et destiné à une belle carrière militaire tout en menant joyeuse vie en fonction des circonstances. Un parcours qui, toutefois, ne s'annonçait pas sous les meilleurs auspices puisque, dès l'adolescence, il avait dû émigrer en Angleterre pour échapper à l'échafaud.

L'archétype du jeune aristocrate

Foin des longues études en un temps où le service du roi primait sur les ambitions personnelles ! À quatorze ans, Hippolyte endosse donc l'uniforme de Garde du corps de Louis XVI sous la bannière de l'armée des Princes. Et déjà bouillonne en lui le sang bleu qui coule dans ses veines, hérité d'une famille bien née de longue ascendance. Avant même que n'éclate l'insurrection paysanne, il incarne le type parfait du jeune chef royaliste attaché tout à la fois à ses privilèges, sa religion et la monarchie. C'est ainsi que, promu lieutenant en 1794, il participe l'année suivante au fameux débarquement des émigrés d'Angleterre à Quiberon, comme aide de camp du marquis de Sombreuil. Blessé à la poitrine, mais rescapé, malgré tout, de cette désastreuse bataille, à l'issue de laquelle 758 de ses pairs devaient être fusillés à Auray, il rembarque sur l'escadre anglaise dans le groupe du comte de Puisaye, mais ne désarme pas pour autant. En 1796, il s'enrôle dans l'armée vendéenne en marche vers la Bretagne afin de prêter main-forte aux troupes de Cadoudal, malmenées par les soldats de la République. Animé par un esprit de revanche après la funeste expédition morbihannaise, il traque l'ennemi tous azimuts dans le pays qu'il connaît bien entre Rennes et Fougères.

Hippolyte et ses menus plaisirs

Jusqu'au jour où intervient l'illusoire pacification, sur la promesse du Directoire d'amnistier les prêtres réfractaires et de rétablir la liberté des cultes. Fort de cette victoire qui, pourtant, sera bien éphémère puisque les hostilités reprendront dès l'année suivante, Hippolyte de Piré rentre alors chez lui pour s'adonner à ses plaisirs, oublieux pour un temps de ses devoirs envers le pays. Mais pour un temps seulement : car voici qu'avec l'instauration du Consulat issu du coup d'État du 18 brumaire, en 1800 les événements à nouveau se précipitent et le rappellent à l'ordre. « Servir cet homme, écrit-il à propos de Napoléon, est servir sa Patrie en combattant pour son indépendance et en concourant au rétablissement de l'ordre intérieur ». Moyennant quoi, il s'engage dans les Hussards volontaires du Premier Consul où il passe en moins de deux mois du grade de maréchal-des-logis à celui de capitaine. Un avancement dû certes à ses mérites personnels, mais aussi à la nécessité de pourvoir l'armée de cadres de valeur face aux troubles et incertitudes de cette période.

Jamais sans son cuisinier

Outre le changement de régime résultant du retour de Napoléon au pouvoir, l'année 1800 voit aussi le mariage du comte de Piré avec sa cousine Marie-Pauline Hay des Néthumières, fille du propriétaire le plus riche en biens fonciiers d'Ille-et-Vilaine et par contrecoup le plus imposé. De santé précaire mais vertueuse, ses proches la considèrent comme un modèle de fidélité. Quatre enfants naîtront de cette union entre 1803 et 1815, tous des garçons. Comme tout officier digne de son rang, le seigneur rennais se voit donc contraint, dès lors, de sacrifier en partie sa vie de famille à ses obligations militaires. Leipzig, Tengen, Eylau, Eckmül, Wagram... Autant de lieux de batailles qui jalonneront avec succès sa carrière. Au point que Napoléon lui-même en sera ébahi. « Si nos cavaliers prennent les forteresses il ne nous reste plus qu'à fondre les canons » écrit-il au maréchal Murat. Ardent au combat, de Piré ne l'est pas moins à table. Il ne se déplace jamais, du reste, sans son cuisinier. Excellent tireur, il n'oublie pas non plus son fusil de chasse. Les dés, les cartes et le billard trouvent également place dans les bagages. Le comte est un homme de bonne compagnie.

De la Madeleine à Piré-sur-Seiche

Tout compte fait, et en dépit de certains revers, tel celui de Waterloo dont il ne portera d'ailleurs pas la moindre part de responsabilité, le comte de Piré peut donc s'enorgueillir d'une carrière bien remplie. Elle s'achèvera sur les barricades lors de l'insurrection parisienne de 1848. À 70 ans, il porte encore beau l'uniforme mais en toute modestie. Entre-temps, il aura traversé diverses épreuves : la proscription par ordonnance du ministre de la police Fouché, l'exil en Russie, la perte de son fils aîné ainsi que de son épouse. Inversement, il aura connu aussi la joie de retrouver l'antique manoir de ses ancêtres dans le canton de Janzé, le bonheur d'être fait chevalier de Saint-Louis, de se voir décerner la médaille de grand officier de la Légion d'honneur puis le titre de « Premier Garde national de Paris » dont il se disait le plus fier. Hélas il décédait deux ans après. Le dépôt de son corps dans un caveau de l'église de la Madeleine à Paris fit l'objet d'un service solennel en présence de la 1 e r e Légion de la Garde nationale. Aujourd'hui il repose près des siens dans le cimetière paroissial de Piré-sur-Seiche. Avant de mourir, son nom s'était inscrit sur une des faces de l'Arc de Triomphe.

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