Joseph Astor . Un élu "vert"

Joseph Astor . Un élu "vert"

Au XVIII e siècle, Quimper est exposée à de graves problèmes d'hygiène. Les lieux d'aisance font défaut, l'eau de la rivière croupit sur les rives... Bref, l'assainissement sera l'une des principales préoccupations du maire, Joseph Astor.

Difficile de parler du père sans évoquer le fils, tant les affinités sont étroites entre eux, indépendamment, bien sûr, du lien parental. Non seulement, ils portent le même prénom, mais tous les deux ont aussi présidé aux destinées du chef-lieu du Finistère et ainsi consacré à la politique une partie de leur vie. Certes, le mandat du fils à la mairie de Quimper a été de loin le plus long puisqu'il a siégé durant vingt-six ans (de 1870 à 1896) et qu'il détient, de ce fait, le record de longévité depuis l'institution démocratique de la fonction de premier magistrat. Toutefois c'est à son père qui, lui, a exercé celle-ci douze années « seulement » (de 1836 à 1848) que l'histoire locale a accordé la plus large place. Alors qui était donc ce notable ainsi demeuré dans la mémoire collective de la Bretagne dont il était pourtant fort éloigné de naissance ? Fils d'un chapelier, Joseph Astor a vu le jour à Figeac, dans le Lot, le 18 juillet 1778, l'année même où, au château de Versailles, la reine Marie-Antoinette met au monde la future Madame Royale. Pour autant ce Midi-pyrénéen bon teint ne semble guère porter Louis XVI dans son coeur et encore moins sans doute la monarchie qu'il incarne. De sorte qu'avec son frère, dès l'âge de quinze ans, il s'enrôle dans les armées de la République.

Chef de bataillon à Brest

En 1793, sous les auspices du gouvernement révolutionnaire, commence donc pour le fils du chapelier une longue carrière militaire qui se poursuivra jusque sous le règne de Louis-Philippe en passant par les deux Restaurations et divers épisodes de troubles liés aux régimes successifs. Au total quarante et un ans de service, marqués de dix-neuf campagnes et deux blessures. L'Italie, l'Égypte, la Belgique, l'Espagne, Austerlitz, Iéna, Essling, Waterloo... autant d'expéditions et de célèbres batailles qui ont jalonné cette période de l'histoire et auxquelles il a vaillamment participé sous la bannière de la Grande Armée. Une carrière qui lui valut d'être promu, d'abord, officier par le général Bonaparte, puis capitaine en même temps que lui était décernée, en 1809, l'Étoile des braves, équivalente à la Légion d'honneur. Deux ans plus tard, il découvre la Bretagne à l'occasion de sa nomination au grade de chef de bataillon à Brest. Et c'est là précisément qu'il s'éprend de la fille du capitaine de vaisseau Segond dont la famille vit à Quimper. Il l'épouse donc, pour le meilleur mais surtout pour le pire, car la dame décède peu de temps après. Veuf, il se remarie en 1818 avec, cette fois, une certaine Pélagie Férec, la fille d'un ancien sénéchal fortuné de Pont-l'Abbé.

La guerre aux microbes

Et voilà donc Joseph Astor qui repart en campagne ! Élevé au rang de colonel, il se voit confier le commandement de la place de Toulon. Un poste toutefois qu'il refuse au motif que sa nouvelle femme, de santé délicate, ne supporte pas le climat méditerranéen. En conséquence de quoi, il préfère mettre un terme à sa carrière afin de vivre auprès d'elle sous d'autres cieux. La Bretagne constitue, à cet égard, l'endroit parfaitement désigné, Quimper en particulier. Mais pour y faire quoi ? De la politique ! C'est son choix. Élu au conseil municipal, l'écharpe tricolore de maire lui est dévolue en 1836. D'emblée s'impose alors à lui une tâche de première nécessité dépendant à la fois de l'urbanisme et de l'assainissement. Elle requiert en premier lieu le transfert des abattoirs, l'obligation de doter les maisons de lieux d'aisance, l'assèchement des marais générateurs d'épidémies, la construction de latrines publiques... Autant d'impératifs hygiéniques auxquels devra s'ajouter une réglementation concernant l'exploitation des porcheries et la présence des tas de fumier.

Vous avez dit « cloaque » ?

On le voit, avec ses dix mille habitants, la ville du Roi Gradlon, naguère décriée par Jean de La Fontaine, vit effectivement dans l'insalubrité en cette première moitié du XIX e siècle. Cerrtaines autres plumes n'hésitent pas d'ailleurs à la qualifier de « cloaque ». Les habitants des quartiers particulièrement exposés aux nuisances se plaignent, quant à eux, « d'émanations » néfastes à la santé et dont le choléra constitue l'une des principales conséquences. D'où les préoccupations du nouveau premier magistrat dès sa prise de fonction. Sans compter les calamités de même nature liées à l'indigence. En dépit de sa réputation de ville « bourgeoise », Quimper compte, en 1842, plus de trois cents habitants vivant de la mendicité dans la rue, soit près de 14 % de la population. Ce qui ne va donc pas non plus sans causer du souci à Joseph Astor, animé, selon ses dires, par la volonté de « reconquérir l'air pur » de la cité. Hélas, le temps va lui manquer pour mener jusqu'à son terme cette louable intention. Douze ans seulement après son installation à la mairie, la Révolution le révoque en mars 1848 et il s'éteint le 19 novembre suivant.

Le terrain Bouchaballe

Le père parti, son fils, né à Ajaccio le 27 juin 1824, lui succède vingt-deux années plus tard. Ancien officier issu de l'école Saint-Cyr, diverses opérations guerrières figurent également dans ses états de service. Il a participé notamment à l'expédition contre les Russes en Crimée, illustrée par les fameuses batailles de l'Alma et de Sébastopol. Moins motivé peut-être que son père par l'action sanitaire, il sera, en revanche, plus ambitieux sur le plan politique personnel. Élu en 1870 quand éclate la guerre franco-allemande, il n'aura de cesse de s'élever dans la hiérarchie représentative du corps électoral. Ainsi devient-il conseiller général puis sénateur du Finistère. Marié à la fille d'un notaire de Pont-l'Abbé, il est alors confronté à une ennuyeuse affaire qui pourtant amusera Max Jacob. Il s'agit du legs testamentaire à la ville d'un terrain sur lequel le donateur, Urbain Couchouren, désirait que soit édifié un hospice de vieillards. À la place, fut construit un théâtre qui suscita d'interminables palabres. La polémique fit d'ailleurs l'objet ultérieurement d'un roman de l'écrivain quimpérois sous un titre évocateur : « Le terrain Bouchaballe ».

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