La "veuve" à plein régime

La "veuve" à plein régime

Surnommée la « veuve », la guillotine a fonctionné à plein régime en Bretagne pendant la Révolution et surtout la période de la « Terreur ». Chaque département possédait la sienne et elle ne suffisait pas toujours à la tâche.

L'échafaud n'est pas une invention du « Siècle des Lumières ». Sous l'appellation d'exécuteur de la « haute justice » ou des « hautes oeuvres », l'homme en charge de cet instrument apparaît pour la première fois dans l'histoire au XIII e siècle. Néanmoins, c'est en 1789, sous la Constituante, que la peine de mort par décapitation a été officiellement instituée sur proposition du docteur Guillotin, lequel jugeait le procédé comme étant « le plus rapide et le moins barbare ». Surnommée la « veuve » ou « Louisette », c'est aussi durant la période révolutionnaire que la guillotine a connu sa plus intense activité, lors de la chouannerie opposée au régime républicain et à la Constitution civile du clergé qui s'ensuivit. Nombre de prêtres ayant refusé de prêter serment perdirent la vie sous le couperet et l'évêque du Finistère, Louis-Alexandre Expilly, qui supplanta Monseigneur de Saint-Luc et prêcha pourtant ardemment en faveur de la Constitution, ne fut pas épargné. À Paris, 1.376 ecclésiastiques montèrent à l'échafaud en moins de deux mois durant l'année 1795. Sans parler du tristement célèbre Carrier qui, malgré son zèle révolutionnaire et son acharnement contre les insurgés bretons, connut le même châtiment.

Ille-et-Vilaine : la « veuve » sur un égout

À la demande des administrateurs d'Ille-et-Vilaine, trois ans après la proclamation de la loi, le Directoire met aux enchères les travaux de construction de l'échafaud. Un entrepreneur de Rennes est déclaré adjudicataire sous réserve que le montage intervienne rapidement. Car la machine doit entrer en service dans les jours à venir. Deux braves garçons, accusés de conspiration contre la République, vont l'étrenner : le premier monte sous le regard apitoyé de la foule. « Adieu, citoyens de Rennes ! s'exclame-t-il. J'ai le plaisir de crier avec vous une dernière fois : Vive la Nation ». À ces mots, des femmes lèvent en l'air les enfants des condamnés en clamant « Grâce, Grâce ! ». En vain ! Tour à tour les têtes tombent. Durant les six premiers mois de son existence, 224 victimes vont ainsi périr sous la guillotine. Au total, 305 réfractaires au régime révolutionnaire seront châtiés de la sorte durant la seule période de la Terreur. Le spectacle du sang qui dégouline sur la place d'Armes (aujourd'hui place de la Mairie) est tel que le Conseil municipal ordonne le transfert de la Veuve sur la place de l'Égalité (place du Palais) au-dessus d'une bouche d'égout.

Finistère : un mouton expérimental

Au titre de chef-lieu du Finistère, Quimper se doit également de posséder une guillotine. Encore que le département en soit déjà pourvu par le truchement du bagne de Brest, dont l'opérateur ne chôme guère par les temps qui courent. Outre les tâches lui incombant dans son établissement, il lui faut exécuter les jugements prononcés par le tribunal révolutionnaire brestois spécialement créé pour suppléer à la mansuétude du tribunal criminel de Quimper à l'égard des contre-révolutionnaires. Ville bourgeoise, le chef-lieu demeure, en effet, dans son ensemble, attaché à l'Ancien Régime. D'où la tiédeur manifestée par ses juges dans leurs sentences. Les bois de justice arrivent à Quimper en août 1792 et, à titre d'essai, un mouton en sera la première victime dans une chapelle convertie en salle d'audiences. L'expérience ayant donné entière satisfaction, il ne resta plus, dès lors, qu'à trouver un emplacement définitif pour la machine. D'emblée le choix se porta sur la place où, trente-sept ans auparavant, face à la cathédrale, la potence avait mis fin aux aventures de Marion du Faouët. De 1793 à 1794, six personnes auront ici la tête tranchée.

Morbihan : un bourreau maladroit

Dans le Morbihan, la machine à décapiter arrive à Vannes en octobre 1792 mais n'entrera en service que six mois plus tard après l'insurrection suscitée par la levée de 300.000 conscrits. Théoriquement basée place de la Liberté (place de l'Hôtel de Ville), en fait, elle vagabondera d'une ville à l'autre selon les condamnations prononcées par les tribunaux révolutionnaires implantés dans le département. Ceux-ci vont principalement s'acharner sur les prêtres insermentés découverts dans des familles d'accueil. Cependant, l'indulgence dont fait preuve le tribunal criminel au chef-lieu du département (deux décapitations seulement à Vannes en quatre mois) ne satisfait nullement la Convention. De sorte que le proconsul est amené à transférer la « Veuve » à Lorient, place de la Montagne (Alsace-Lorraine). Commence alors une série en chaîne d'exécutions dont celles de deux femmes. L'homme en charge du couperet est un certain Eno, triste personnage à la vie publique scandaleuse, dont la maladresse à l'ouvrage fait paraît-il « souffrir mille morts » aux condamnés. À son actif, quarante-et-une têtes, lesquelles, ajoutées à celles tombées par ailleurs, feront dire que le Morbihan a été le département le plus éprouvé par la Révolution.

Côtes-du-Nord : exécutée devant sa maison

Comme Rennes et Brest, Saint-Brieuc avait accueilli avec joie la République naissante. Mais, en raison des excès liés à sa dictature, la population ne tarda pas à déchanter. Très vite, alors, les prisons se remplirent et s'activa la guillotine installée place de l'Égalité (Préfecture). Le titulaire du poste était un homme d'expérience, en l'occurrence Charles Le Caille, qui officiait précédemment au côté de la dame Gasnier, exécutrice des hautes oeuvres à Rennes. Six paysans emprisonnés pour s'être opposés à la levée en masse des conscrits inaugurèrent sa tâche. Dans la foulée, il trancha le cou à quinze suspects dont deux femmes inspirant une profonde pitié. L'une d'elles fut exécutée devant sa maison où se trouvaient ses cinq enfants. Non loin, à Lamballe, la Justice était tout aussi expéditive. En 1793, la « Louisette » fera ici, à elle seule, vingt-cinq victimes. Conscient toutefois de l'émotion causée dans l'opinion publique, le Directoire s'efforça de restaurer son image dès l'année suivante. La guillotine fut alors réservée, dans le département, aux seuls condamnés de droit commun.

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