Procès Erika : Total marque un point

Procès Erika : Total marque un point

Hier, alors que commence la quatrième semaine du procès du naufrage de l'Erika, Total a marqué un point. La compagnie a réfuté un des arguments de l'accusation selon lequel le groupe aurait affrété ce pétrolier au mépris de ses règles de sécurité parce qu'il devait à tout prix honorer un contrat avant le 31 décembre.

Pour les enquêteurs, Total avait loué l'Erika, en décembre 1999, sous la pression d'impératifs financiers : par contrat, sous astreinte de trois dollars par tonne manquante, le groupe devait livrer au moins 200.000 tonnes de fioul à l'Italien Enel dans l'année, mais il en manquait encore 19.000 tonnes, affirmaient-ils. Pour éviter de payer une pénalité, Total aurait donc choisi l'Erika, seul bateau disponible à Dunkerque, bien que l'inspection du navire réalisée par le groupe pétrolier remontât à un peu plus d'un an, à quelques jours près, et n'était donc plus valable. « Total a donc privilégié l'aspect commercial à l'aspect sécurité », estimaient les enquêteurs. Mais cet argument a été mis à mal, hier, à la dixième audience de ce procès.

Total avait déjà rempli son contrat de livraison

Après avoir soigneusement additionné les livraisons effectuées par Total à Enel depuis le début de l'année, avant le voyage fatal de l'Erika, le président du tribunal lui-même, Jean-Baptiste Parlos, arrive à 199.466 tonnes. Autrement dit, le contrat était déjà quasiment honoré. Les avocats du groupe, eux, assurent qu'avant l'Erika, Total avait déjà livré 230.000 t de brut à Enel, dépassant de loin son contrat. « Ce n'est pas sérieux de croire un seul moment qu'un groupe comme le nôtre pourrait se laisser aller à des pratiques d'association de malfaiteurs cupides et stupides », a lancé un des représentants de la société Total au procès. « Même si nous avions été en retard, penser qu'on pourrait se laisser aller à affréter n'importe quel navire pour éviter quelques milliers de dollars de pénalités n'est pas sérieux », a-t-il ajouté.

La validité du contrôle était pourtant dépassée

En revanche, Total a eu plus de mal à expliquer pourquoi il avait affrété le navire par contrat, le 26 novembre, alors qu'il n'était théoriquement plus acceptable pour la compagnie : sa dernière visite d'inspection datant du 21 novembre 1998 et le feu vert d'affrètement qui s'en était suivi n'était valable qu'un an. La compagnie dispose d'une base de données informatisée qui recense les bateaux que Total juge acceptables. Or, problème, quand un employé a consulté la base, l'Erika y est apparu comme affrétable, bien que la date de validité du contrôle fut dépassée. Le gestionnaire de l'Erika, Antonio Pollara, a expliqué que la pratique était courante pour les compagnies pétrolières de dépasser le délai de validité de leur contrôle personnel. « Elles demandaient si un navire était accepté par d'autres compagnies, puis elles l'affrétaient pour un ou deux voyages jusqu'à ce qu'un de leurs inspecteurs soit libre », dit-il.

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