Une femme de lettres populaire

Une femme de lettres populaire

Avec quatre-vingt trois romans destinés à la jeunesse féminine, et dont la plupart ont été publiés dans la Bibliothèque rose et la Bibliothèque bleue, Zénaïde Fleuriot apparaît comme l'une des femmes de lettres françaises les plus prolifiques et populaires de son temps.

Certains l'ont comparée à la comtesse de Ségur. Son amie, la princesse romaine de Sayn Wittgenstein, voyait, de son côté, en elle, une « bruyère de Bretagne ». C'est dire que Zénaïde Fleuriot, native de Saint-Brieuc, a profondément marqué son époque, tant par son style clair et alerte que par la description de ses personnages. Imprégnés de l'éducation paternelle, ses récits témoignent de la vie politique et religieuse d'alors, fertile en événements. Certes, le cadre de ses ouvrages est aujourd'hui démodé avec ses portraits d'adolescents d'un autre âge. Il n'empêche que le sujet proprement dit, s'appuyant sur des réalités du moment, contient toujours, un siècle et demi plus tard, une certaine part de vérité. Foin des contes à dormir debout, ses jeunes héroïnes se caractérisent par leur volonté à surmonter des obstacles et accomplir des besognes apparemment au-dessus de leurs moyens. D'où la question de savoir si, à travers elles, Zénaïde Fleuriot n'a pas transposé les zones d'ombre de sa propre jeunesse dues aux problèmes financiers de son père et qui l'ont contrainte à quitter le logis familial à vingt ans. Quant à ses publications dans le Journal des Demoiselles et La Mode illustrée, on ne saurait évidemment établir de comparaison avec les magazines féminins d'aujourd'hui. Mais qui est donc cette Briochine hors du commun, dont la plume féconde semble pourtant avoir peu inspiré les auteurs de dictionnaires littéraires ?

La bruyère en fleurs

Après avoir participé aux campagnes du Consulat des premières années de l'Empire et à la victoire d'Austerlitz, son père, Jean-Marie Fleuriot, rentre à Saint-Brieuc en 1806. Ses études de droit terminées et son diplôme en poche, il s'établit alors comme avoué en sa bonne ville où il épouse une jeune compatriote, Marie-Anne Le Lagadec. De cette union, naissent seize enfants dont onze, hélas, meurent prématurément. Zénaïde voit le jour le 28 octobre 1829, rue Houvenagle, dans une maison ancienne qu'elle dépeint très précisément dans ses mémoires : « Large façade, surplombée d'un étage et se terminant par un pignon très aigu ». Fortement influencée par le milieu familial, issu de vieille souche bretonne chrétienne et fidèle aux Bourbons, toute sa vie elle est restée attachée à la foi catholique et aux traditions de sa province. E l'évidence, elle dut, d'autre part, à son enthousiasme débridé pour l'écriture et son idéalisme parfois un peu naïf ce flatteur qualificatif de « bruyère en fleurs » attribué par sa noble amie.

Le deuil et ses plaisirs

Dans l'atmosphère de deuil quasi permanent régnant au foyer, la petite « Zéna » connut-elle effectivement une enfance heureuse ? La seule chose certaine est qu'en dépit des souffrances morales auxquelles s'ajouta un revers de fortune consécutif à l'intolérance politique du père, opposé à la Monarchie de Juillet, quelques bons amis d'un naturel enjoué fréquentaient la maison. Tel ce brave monsieur Théophile-Marie Laennec, père du célèbre médecin inventeur du stéthoscope, un vénérable avocat qui régalait les enfants de ses amusantes chansons. Aurait-il servi ensuite de modèle à « Zéna » pour un ou plusieurs de ses personnages de romans ? Sa femme elle-même, avec ses robes de soie rouge et ses souliers de satin à hauts talons, l'aurait-elle pareillement inspirée ? Le fait est que la fillette, qui en imposait pourtant par son caractère, était en admiration devant l'un et l'autre. De bonne heure donc, son enseignement fut confié à une dame de renom puis aux religieuses du couvent de la Providence à Saint-Brieuc où, en raison de son imagination dans les compositions françaises, elle s'honora d'un premier surnom, celui de Bernardin de Saint-Pierre.

Naissance d'une romancière

E ses dons littéraires, son père lui-même ne demeura pas indifférent, frappé, notamment par la justesse de la représentation de ses lieux de vie dans ses écrits. Au point que l'idée lui vint de faire imprimer son travail, ce qui, en revanche, ne fut pas du goût de sa fille aînée qui aurait préféré que sa soeur soit orientée vers la broderie plutôt que « de rêver à de pareilles billevesées ». Vaines recommandations. La vocation naissante de Zénaïde trouva son plein épanouissement dans le domaine enchanteur du Palacret, sur les bords du Jaudy, une ancienne commanderie où se déroulaient ses vacances. Au final, l'action de Jean-Marie Fleuriot, tant par sa clairvoyance que par ses encouragements, s'avéra donc déterminante pour l'avenir de sa fille. Elle lui en sera, du reste, reconnaissante dans ses mémoires. « Il avait foi en moi et sans elle je n'aurais jamais osé écrire », confirmera-t-elle. Et ce malgré tous les déboires financiers auxquels l'avoué briochin fut lui-même confronté et qui l'obligèrent à vendre tous ses biens. En conséquence de quoi, Zénaïde se retrouva préceptrice au manoir de Château-Bily, à Ploufragan, pour y garder les enfants d'un ami de son père.

Entre le voile et l'alliance

La jeune fille accepta son sort avec résignation, d'autant que, le soir, une fois couché son petit monde, elle pouvait se livrer à ses travaux d'écriture. Ainsi obtint-elle son premier prix lors d'un concours littéraire, ce qui ne l'empêcha pas de rêver au mariage quand ce n'était pas à la vocation religieuse, faute de croire véritablement à une destinée de romancière. Mais les années passant et les succès aidant, elle n'opta en définitive ni pour le voile ni pour l'alliance conjugale. De sorte que, après plusieurs allers et retours entre la Bretagne et Paris et diverses tentatives de carrière dans l'enseignement, elle rejoint, en 1872, une partie de sa famille à Locmariaquer. Nantie du pactole acquis par ses droits d'auteur, elle y construit sa maison mais n'en a pas fini pour autant avec l'infortune. Car voilà qu'un jour elle ressent une douleur dans la poitrine qui la paralyse. Angoissée à la pensée de l'esseulement face à la maladie, elle quitte alors le Morbihan pour s'installer dans un pavillon de Clamart. Cependant, rien n'y fait. En décembre 1890, elle est découverte inanimée dans sa chambre. Un prêtre recueillera son dernier soupir et Zénaïde sera inhumée dans le cimetière de Locmariaquer.

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