XIX e siècle. Et la lumière fut...

XIX e siècle. Et la lumière fut...

L'électricité n'a commencé à supplanter le gaz que vers la fin du XIX e siècle en Bretagne pour l'éclairage des rues et des espaces publics. Dans le Finistère, la première ville utilisant ce nouveau mode d'énergie a été Châteaulin en 1887.

Éloignés des grands centres industriels qui ont sans nul doute contribué à l'extension de l'électricité dans le secteur domestique, comment subsistaient-ils, ces infortunés Bretons à l'écart de la civilisation « éclairée » ? Tout simplement ils vivaient avec leur temps et leurs propres moyens « énergétiques », si l'on peut dire. La nuit, d'aucuns utilisent la bougie, d'autres la lampe à pétrole ou celle à carbure. Dans les campagnes, le feu de bois dans la cheminée est d'usage courant à la maison tandis que la lampe-tempête, protégée par un globe de verre, tient lieu de chandelle pour le soin des animaux et la traite des vaches. Dans la journée, le lait pour le beurre est écrémé à la main. Après les moissons, un manège entraîné par des chevaux effectue le battage des épis. Certaines fermes possèdent un moulin à eau actionné par le courant d'une rivière et permettant de moudre le grain. À défaut, bien entendu, de clôture électrique et en l'absence de haies ou de talus autour des pâturages, des enfants gardent les troupeaux. Dans les petites communes, l'éclairage du bourg est inexistant et l'eau est puisée manuellement dans les puits. Des buanderies aménagées dans les dépendances se substituent, si besoin, aux lavoirs improvisés en bordure des ruisseaux.

Les usines à gaz

Quant aux citadins, en définitive, ils ne sont guère mieux lotis. Cependant, les principales villes bretonnes disposent de réverbères et d'usines à gaz produisant l'énergie nécessaire à l'éclairage des rues ainsi que des lieux publics. En 1856, un accord est passé à cet effet entre la mairie de Saint-Servan (Ille-et-Vilaine) et la compagnie Lebon. Cette dernière est autorisée à construire une centrale sur un terrain communal cédé par sa voisine Saint-Malo. Les installations comporteront une large canalisation souterraine conduisant les produits gazeux dans une cheminée haute de trente mètres. En septembre 1878, les agglomérations de Saint-Malo et Saint-Servan seront donc ainsi desservies. À Rennes, huit ans plus tard, la municipalité décide, à son tour, d'équiper par les mêmes moyens les halles aux poissons de l'avenue du Gué-de-Baud et du quartier Mail d'Onges. Dans le Finistère, Quimper accuse, à cet égard, du retard par rapport à certaines autres cités du département, telles que Brest, Morlaix et Landerneau. À Brest, fonctionne une usine à gaz située à Saint-Marc et fondée dès 1841 par une société britannique, alors que le chef-lieu, ayant opté pour une énergie à base d'huile de colza, demeure quasiment dans la pénombre.

La fée électricité pointe sa baguette

Les Quimpérois des quartiers concernés ne cessent de se plaindre du fait des nombreuses chutes dans la rivière provoquées par la faible clarté diffusée. En 1860, l'administration locale se voit donc obligée de changer son mode de production et de recourir au gaz. Le contrat signé avec la compagnie Lebon spécifie que les becs « devront avoir une intensité suffisante pour permettre à une personne de vue moyenne de lire à une distance de dix mètres du réverbère à toute heure de la nuit ». Va donc pour le gazomètre ! Mais déjà la petite ville de Châteaulin est pourvue, elle, d'une usine hydroélectrique beaucoup plus performante. L'inauguration de l'éclairage des rues, le 20 mars 1887, donna lieu, du reste, à une fête grandiose avec concert, danses au son du biniou, banquet et feu d'artifice, en présence d'une foule considérable. À vingt heures précises, comme sous l'effet d'un coup de baguette magique, la ville devint resplendissante de lumière. D'une seule voix, les visiteurs entonnèrent alors une ode composée pour la circonstance à la gloire de la fée Électricité.

Pont-Aven sous le charme

Avec peut-être moins de ferveur mais tout autant d'enthousiasme, une cérémonie comparable se déroula douze ans après à Pont-Aven. En fait, les élus locaux avaient opté, en premier lieu, comme d'autres villes bretonnes, pour un mode d'éclairage au gaz. Mais le conseil municipall issu des élections de 1897 en décida autrement. Sitôt en possession de son siège, le nouveau maire, M e Le Serrec, se fit un devoir d'électrifier les rues de la commune ainsi que certains lieux considérés comme stratégiques, dont l'un situé entre les deux écoles. L'année précédente, en effet, des heurts s'étaient produits à cet endroit à l'occasion de cours du soir donnés à des adultes. Le 2 janvier 1899, donc, les personnalités et le recteur se rassemblèrent à l'usine électrique pour procéder à son inauguration. Après la bénédiction des installations, la turbine se mit en route et la lumière jaillit aussitôt, accueillie par des applaudissements. Puis la fête se poursuivit sous les halles et dans un hôtel où une cinquantaine de convives participèrent au banquet officiel. La journée se termina par un bal dans une salle voisine dont le plafond était garni de guirlandes électriques.

Les phares changent de feux

Cependant, la lumière électrique ne fait pas que séduire les collectivités locales en mal de progrès. Compte tenu des risques encourus par la navigation sur le littoral breton, elle s'impose prioritairement, en cette fin de siècle, au ministre des Travaux publics pour améliorer la signalisation maritime dans les secteurs les plus périlleux. En 1863, un vaste programme d'électrification entre donc en application pour une somme globale de six millions de francs. Il prévoit le remplacement du système d'alimentation au gaz utilisé dans quarante-six phares répartis sur les côtes françaises de manière à former une ceinture lumineuse de grande intensité et sécuriser ainsi leur approche. En Bretagne, une demi-douzaine d'entre eux sont concernés : ceux du Cap Fréhel en Plévenon, des Héaux de Bréhat, des Sept-Îles, de Créac'h à Ouessant, de Goulfar à Belle-Île et d'Eckmühl à Penmarch. L'avant-projet concernant les trois premiers était approuvé en novembre 1883 par décision ministérielle et immédiatement mis en oeuvre. Quant aux trois autres, ils commencèrent à fonctionner, non sans mal, respectivement en novembre 1888, janvier 1893 et octobre 1897.

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