Sables-d'or-les-Pins : Finie la ville western

Sables-d'or-les-Pins : Finie la ville western

En se relookant de façon plus urbaine, elle a perdu son charme de ville fantôme de western spaghetti. Mais ceux qui fréquentent la station des Sables-d'Or devraient y trouver plus de commodités. En attendant, on fera la fête, demain, en espérant, quelque part, renouer avec le luxe et la légèreté des années folles, qui ont fait un petit Deauville de la station des Côtes-du-Nord de l'époque. Roland Brouard qui, à partir de 1921, a fait sortir de terre golf, casino, villas et hôtels là où il n'y avait que du sable, aurait sans doute trouvé son compte dans cette renaissance attendue.

Pas sûr que Roland Brouard reconnaisse, dans les Sables-d'Or d'aujourd'hui, la station mondaine et huppée qu'il souhaitait ériger sur les dunes vierges de Fréhel, en 1921. Mais « on n'échappe pas à la modernité, ça fait 40 ans que cela n'avait pas bougé. La station n'était plus aux normes. Chacun se garait au petit bonheur la chance, au milieu des nids de poule. 2.000 voitures viennent chaque jour durant l'été », commente Jean-Pierre Bui, 67 ans, désormais le seul Sable-d'Orien d'origine.

Un aventurier

Jean-Pierre est y est né en 1940. « Gamin, je vois encore le train qui passait en face de la fenêtre. C'est pour cela que je me rappelle que le boulevard était aussi étroit qu'il l'est devenu aujourd'hui. Ce n'est qu'après qu'il s'est élargi, à la fermeture de la ligne... Pendant la Guerre ? J'étais trop jeune. Et puis la station était entourée de barbelés. Mon père, médecin, avait besoin d'un ausweiss pour circuler ». Président du comité des fêtes, Jean-Pierre Bui voue une véritable passion à Roland Brouard. Il vient de réaliser la rétrospective qui sera présentée samedi : « c'était un aventurier visionnaire qui n'avait peur de rien. Originaire de Normandie, marié à une fille d'armateur malouin, il voulait créer un nouveau Deauville. Il a malheureusement laissé toutes ses plumes dans l'affaire avant de mourrir, à 45 ans, en 1934 ».

La finance parisienne

Tout démarre pourtant sur les chapeaux de roues : les 90 ha de dunes sont achetées au comte de Couville, le 22 décembre 1921. Le chemin de fer est inauguré en février 1924, le premier hôtel (le Camping House) construit à la Pentecôte, le golf ouvert en 25, le casino inauguré le 14 juillet 27... Jusqu'en 1938, la station mène grand train. Les limousines avec chauffeurs des financiers et chevaliers d'industrie parisiens paradent aux Sables-d'Or, et quelques villas luxueuses sortent des sables. Les voitures à chenilles de la croisière jaune viennent s'entraîner dans les dunes, symbole de l'influence de Lucien Rosengart, alors administrateur de Citroën, très impliqué dans la promotion des Côtes-du-Nord. Mais la crise de 1937 vient freiner cette débauche de luxe. La guerre y met un coup d'arrêt fatal.

Nouveau départ ?

Depuis, la station a pris un caractère plus familial ; de coquettes villas continuent à se construire à l'abri des pins, tennis et golf tiennent la cadence et le casino rénové attire de nombreux joueurs. Le nouvel aménagement, mi-urbain mi-naturel, avec ses voies de circulation rétrécies, ses places bitumées, mais aussi ses parkings enherbés et 7.500 nouveaux pins va-t-il redonner un coup de fouet à la station ? En tout cas, la commune de Fréhel (et dans une moindre mesure celle de Plurien) y a investi 4 M€. De leur côté, la plupart des commerçants sont contents. Pas si mal, finalement, aurait pu se dire Roland Brouard, du haut de sa ville qui surplombe toujours l'immense étendue de sables d 'or.

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