Plouguerneau, le pays des goémoniers

Plouguerneau, le pays des goémoniers

Sur la côte nord du Finistère, Plouguerneau, le pays des goémoniers, offre quarante kilomètres de côtes à la physionomie variée, un patrimoine riche en chapelles ainsi que d'intéressants musées et écomusées.

Etonnant pays, où tout semble marqué par ces lignes verticales tendues vers le haut, comme des signes. Les signes des stèles, adressés à la mémoire des morts. Les signes des phares lancés vers ceux qui sont en mer. Les signes de foi des croix dressées et de l'envol des clochers. Au coeur du Pays Pagan, Plouguerneau réunit sur son sol les témoignages d'un passé riche et agité de légendes et d'histoire. On lit dans ses paysages comme dans un très vieux livre, feuilleté de chapelle en moulin, de fontaine en mégalithe.

Eclats de silex...

Les premiers occupants des lieux ont marqué leur passage en oubliant derrière eux des éclats de silex taillé, voici quelques dizaines de milliers d'années. Les suivants ont laissé leurs dolmens et menhirs. Leurs successeurs de l'âge du bronze ont élevé des tumulus et confectionné des bijoux, poteries, armes et outils; ceux de l'âge du fer ont érigé des stèles par dizaines et barré de fortifications sommaires les promontoires s'enfonçant dans la mer. Puis est venue la civilisation gallo-romaine qui a laissé ses vestiges de villas. Au Ve siècle, les premiers Bretons venus de Cornouailles anglaise, se sont implantés ici. L'évangélisation les a suivis sans tarder : le moine irlandais Kenan puis de nombreux religieux, administrateurs, prédicateurs ou ermites sont entrés dans la légende dorée comme autant de saints. Une légende où l'on évoque aussi la mystérieuse ville de Tolente qui repose au fond de l'eau, quelque part dans l'Aber.

Riche agriculture et petite pêche

Du Moyen Age subsistent une motte féodale, la riche épave d'un navire à clin gisant au fond de l'Aber-Wrac'h et les ruines de bâtiments religieux. La Renaissance a vu la construction des 13 églises et chapelles et des châteaux et manoirs. Le XVIIIe siècle a été celui de la défense des côtes contre l'Anglais et le XIXe celui des grands phares, dont le géant de l'île Vierge culmine à 77 mètres; construit à partir de 1897, c'est le plus haut phare de pierre du monde. Côte déchiquetée et plages de sable, douceur d'estuaire à l'embouchure de l'aber, riche campagne de la Ceinture Dorée, centre-ville commercial actif : aujourd'hui, Plouguerneau joue de ses contrastes pour tirer sa richesse de son agriculture, de la petite pêche, du goëmon et du tourisme que lui valent le charme et l'intérêt de ses sites.

Le pont du diable

Pont Krach, ou pont du diable, est ainsi nommé parce qu'il aurait été construit en une nuit par le diable, à la suite d'un pacte passé avec le meunier de Prad Paol. On peut toujours voir le marteau du diabolique pontonnier, fiché en terre sur la rive gauche de l'aber : il s'agit d'une croix de pierre privée d'un de ses bras. Ce pont de pierres aux larges dalles date probablement de l'âge de fer ou du Haut Moyen Age. Depuis lors, le rivage s'est affaissé et il se trouve immergé à la pleine mer. Effondré en son milieu, l'ouvrage millénaire fait l'objet d'un projet de restauration.

Trois sources

Une stèle, une chapelle, un lavoir, trois sources, une légende. Prad Paol était sur le passage de saint Pol Aurélien, entre Tréglonou et l'île de Batz. A-t-il fait jaillir les trois sources en les frappant simplement de son bâton ? Ou bien sont-elles nées lorsque la tête du dragon, décapité par le saint, a rebondi trois fois ? Ce dont on est sûr, c'est que les trois sources sont bien là : l'une dans la chapelle, une autre devant sa façade, la troisième dans la prairie, tout à côté.

De stèles en calvaires

Plantés en bord de route, à la croisée des sentiers de campagne ou en plein bourg, 140 stèles et calvaires témoignent de la persistance et de la force des cultes qui se sont succédé ici. De druides en prêtres, du culte des morts à celui du Christ ressuscité, les stèles gauloises de l'âge de fer ont laissé la place aux croix et calvaires. Nombre d'entre elles ont été, aux siècles de transition, retaillées au symbole de la foi nouvelle. Mais il en subsiste encore de nombreuses en l'état d'origine, de simples blocs de pierre aux formes pures, octogonales ou quadrangulaires, marquant les emplacements où furent déposés, autrefois, les vases de céramique contenant les cendres des défunts et les offrandes qui les accompagnaient.

D'églises en chapelles

Plouguerneau compte une douzaine d'églises et chapelles. De l'humble bâtisse carrée aux murs aveugles à l'édifice altier aux gargouilles de granit et aux somptueux vitraux, chacune a son histoire, son culte ou sa légende.

- Prad Paol et ses trois fontaines, nées de la tête du dragon terrassé par saint Pol Aurélien;

- Saint Michel Archange, où l'on vient prier Dom Michel Le Nobletz, le fondateur des missions bretonnes et précurseur de la bande dessinée avec ses cartes peintes;

- Notre-Dame du Grouanec avec son ossuaire, ses statues anciennes et ses vitraux modernes de Max Ingrant... Autant de clochers, autant de chapitres pour ce grand livre de pierre que l'on feuillette de chapelle en église.

Le Musée des goémoniers

Plouguerneau, capitale goémonière, se devait d'honorer la mémoire de ses moissonneurs de la mer. Le petit musée, aménagé dans l'ancien préau de l'école de la route du Koréjou, s'attache à présenter les traditions maritimes locales. Des panneaux explicatifs, très clairs, détaillent les différentes espèces d'algues exploitées, parmi les 1.500 que compte le littoral finistérien. D'autres sont consacrés aux débouchés des produits de la valorisation des algues : la soude, utilisée en verrerie, l'iode et les alginates à usage médical.

Le métier de goémonier est évoqué à travers une collection d'outils typiques, de la pigouille à la pifoune en passant par la guillotine et le scoubidou. On peut aussi y voir des maquettes de bateau, du cotre du début du siècle ( comparables à la coque présentée dans la cour ou au Karreg-Hir, la réplique mouillée au Koréjou) à la pinasse d'aujourd'hui, armée de son scoubidou hydraulique. Enfin, un four à goémon reconstitué permet de comprendre le traitement jusqu'au moulage du pain de soude.

L'église ensevelie de Tréménac'h

Iliz Koz, la vieille église...Si vieille qu'on n'en gardait plus guère le souvenir que par la légende de sa disparition : un jour, trois mécréants en goguette ont voulu s'amuser aux dépens du recteur aveugle, en lui présentant un chat noir à baptiser. Mais la bête a miaulé et le prêtre ulcéré a maudit, et les jeunes gens et l'église. Les trois lurons sont morts dans la nuit. Quant à l'église, elle a disparu sous les sables. Une légende qui a un fond de vérité : l'église, son presbytère et son cimetière ont en effet été ensevelis sous la dune, d'abord au XVlle siècle puis une nouvelle fois au début du XVIIIe, lors de catastrophes naturelles qui ont frappé toute cette côte du Léon. Ce n'est qu'en 1970 que les ruines de l'église enfouie ont été mises au jour. Depuis lors, des fouilles archéologiques ont été menées et le site a été mis en valeur.

Calices et ciboires

On peut y voir la basse maçonnerie de l'église, la pièce de rez-de-chaussée du presbytère et les pierres tombales datant de l'époque où le sous-sol des églises jouait les nécropoles. Plus de 100 dalles funéraires ont été exhumées. On reconnaît les sépultures des prêtres et celles des chevaliers aux inscriptions qui les ornent. Les unes portent des calices ou ciboires, les autres des épées et des blasons. Parmi celles qui ont été identifiées figure la tombe du seigneur Prigent de Coativy, le fondateur de l'église, mort en 1384, dont la pierre porte les armoiries.

Tout au long du parcours, entre ces ruines sorties du sable, de petits panneaux donnent des indications sur les constructions telles qu'elles étaient avant l'ensablement et sur les usages du Moyen Age.

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