Dans l'enfer liquide de la vague Annaëlle

Dans l'enfer liquide de la vague Annaëlle

À Lampaul-Ploudalmézeau, en décembre 2021, des aventuriers de la vague se sont retrouvés pour surfer une spectaculaire houle de roche. Bienvenue dans un enfer liquide au doux nom d’Annaëlle.    

Publié le 03/06/2022
Modifié le 09/06/2022
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Dans l'enfer liquide de la vague Annaëlle
Emmanuel Berthier

Les plus grosses vagues jamais observées

Seule compétition internationale de bodyboard à se tenir en France, l’Annaëlle Challenge a fait son grand retour à l’automne 2021, après une absence de 6 ans. À la mi-décembre, alors que la période d’attente touche à sa fin, le flux de nord qui paralyse la houle depuis plusieurs semaines laisse place, comme par miracle, à une dépression atlantique, apportant avec elle les plus grosses vagues jamais observées sur le spot nord-finistérien.
L’occasion pour quelques-uns des meilleurs bodyboardeurs du monde de se lancer dans l’arène liquide, pour se frotter à leurs propres peurs, au cours de deux journées qui resteront dans les mémoires. Il n’y a que des Bretons pour vouloir organiser une compétition sportive internationale sur un “caillou” isolé du Finistère nord, au large de Lampaul-Ploudalmézeau. Austère, le site l’est assurément, au point de rendre épiques l’accès et le débarquement du matériel et des équipes.
Pour ajouter à la difficulté, toutes les conditions doivent être réunies pour que la bête se réveille : petits coefficients de marée, houle massive et bien orientée, vent favorable... Annaëlle est ce qu’on appelle un slab, une vague déferlant sur un rocher à fleur d’eau, lui donnant cette forme si particulière et sa dangerosité. Pour réunir les bonnes conditions, une “ période d’attente ” est fixée entre la mi-septembre et la mi-décembre, avec seulement quelques créneaux potentiellement favorables. Les yeux rivés sur les cartes météo, les organisateurs guettent les opportunités de lancer la compétition.

 

Dans l'enfer liquide de la vague Annaëlle
Photo : Emmanuel Berthier

 

La tension monte d’un cran

Début décembre 2021, alors que le délai touche à sa fin, tous les voyants passent enfin au vert. En quelques jours, tout s’organise : transport des compétiteurs, mobilisation des équipes techniques, des juges, des journalistes, des photographes, des pilotes, des secouristes, des bénévoles… Directeur de la compétition et fondateur historique, Gwen Renambot confie, avec un large sourire, ne pas avoir eu de doute sur la tenue de l’évènement. « Nous sommes des gens chanceux me rappelait encore il y a peu Glenn Cuevas, représentant chilien de la ligue internationale et présent en Finistère pour l’occasion. » À quelques jours de Noël, l’Annaëlle Challenge 2021 est officiellement lancé.
À l’aube du premier jour de compétition, la tension monte d’un cran. Caissons étanches et combinaisons sont de rigueur pour se glisser, de nuit, dans l’eau froide et embarquer sur le semi-rigide. Le silence trahit la concentration nécessaire au pilote pour naviguer dans la pénombre sur ces dangereux hauts fonds. La houle encore invisible crée un ressac jusque dans cette baie d’ordinaire bien abritée.
À l’approche de l’île, il faut se résoudre à sauter à l’eau pour rejoindre les rochers. Une fois au sec sur la terre ferme, l’attente démarre. À l’est, le phare de l’île Vierge clignote encore. Les vagues promises sont bien là. Les récifs alentour déchargent toute l’énergie de l’océan Atlantique à son entrée dans la Manche. Les 16 compétiteurs invités sont les derniers à arriver. Parmi eux, 6 mettent les pieds ici pour la première fois. Sur leurs visages, on décèle un mélange d’appréhension et d’excitation, les yeux rivés sur les vagues monstrueuses qui déferlent dans un bruyant chaos.

 

Dans l'enfer liquide de la vague Annaëlle
Photo : Emmanuel Berthier

 

“Aujourd'hui, les vagues sont juste dingues”

Après concertation, la première série est lancée aux alentours de 11 heures. Chacun jauge les vagues de longues minutes. Le premier à tirer son épingle du jeu est le jeune Portugais Kokorelis qui se lance dans la “mâchoire” et ouvre la voie. Les séries s’enchaînent et peu de vagues sont surfées. Les conditions de houle freinent les ardeurs et la peur s’invite dans les esprits de bodyboardeurs pourtant aguerris.
Vient le tour du local de l’étape Yann Salaün. Motivé comme jamais, il apporte sa légendaire bonne humeur sur l’île pour faire baisser une tension toujours palpable. C’est sa cinquième participation en sept éditions. Déjà sacré deux fois champion de France, il espère bien atteindre ici la finale. « Comme son nom l’indique, la compétition est toujours un challenge, dans tous les sens du terme. Le lieu, l’organisation, la difficulté du spot. Et aujourd’hui, les vagues sont juste dingues ! Je préfère y aller à fond avec le sourire plutôt que de stresser au bord. » Il ne croit pas si bien dire puisque à peine sa série démarrée, le Brestois se jette littéralement dans un “ tube ” géant pour en ressortir de justesse sous les acclamations des quelques spectateurs. Les juges ne s’y trompent pas et lui accordent la meilleure note de la première journée.

 

Dans l'enfer liquide de la vague Annaëlle
Photo : Emmanuel Berthier

 

Les manœuvres radicales s'enchaînent

Réveil encore matinal en ce second et dernier jour de compétition. Le vent s’est calmé, mais le froid se fait cette fois incisif. « Aujourd’hui, la vague devrait proposer plus de technicité, avec une houle moins importante et des séries mieux calées », précise Fred Habasque, co-organisateur de l’évènement. Aux premières loges, il est impatient du spectacle à venir. Le second tour est lancé dans de très belles conditions. Tous les compétiteurs peuvent encore prétendre à une place en finale et les manœuvres radicales s’enchaînent cette fois sans temps mort. À ce jeu-là, le jeune Canarien Lionel Medina semble intenable et conforte sa place dans le dernier carré. Il est bientôt rejoint par le Guadeloupéen Jérémy Arnoux, déjà double vainqueur de la compétition, le champion du monde en titre Pierre-Louis Costes, également dernier vainqueur de l’Annaëlle Challenge, et Yann Salaün, qui réussit à conserver son avance, pour la plus grande joie de ses supporters.

 

Dans l'enfer liquide de la vague Annaëlle
Photo : Emmanuel Berthier

 

Un second titre pour Pierre-Louis Costes

À quelques minutes de l’issue d’une finale incertaine jusqu’au bout, le Brestois vire en tête mais cède in extremis sa première place à Pierre-Louis Costes. L’actuel meilleur bodyboardeur du monde a donc tenu son rang. Et sa joie à la sortie de l’eau en dit long. « J’apprécie la Bretagne, la passion qu’ont les gens pour la mer, pour le bodyboard. C’est important pour moi d’être ici. Bien sûr, il y a le plaisir de surfer cette vague qui est sans doute le plus beau slab de France, mais je tiens aussi à soutenir les organisateurs, mon sport, et toute cette communauté. Car je sais comme il est difficile d’organiser une compétition de ce genre. » Après avoir eu un peu de mal à trouver ses marques dans les eaux froides du Finistère - il arrivait directement de Porto-Rico -, il a su imposer sa technicité. Il savoure ici son second titre dans une ambiance joyeuse et chaleureuse qui clôt de bien belle manière cette incroyable aventure autant humaine que sportive.

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