Jean-René Mahé, le Breton de l’année

Jean-René Mahé, le Breton de l’année

Incapable de lire et d’écrire jusqu'à l’âge de 43 ans, Jean-René Mahé a fait de la lutte contre l’illettrisme le combat de sa vie. Le Breton de l’année 2019, c’est lui.

Publié le 14/01/2020
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1956 : Naissance à Guerlesquin (Finistère), dans une petite ferme. Scolarisé à cinq ans, il se rend vite compte qu’il n’arrivera pas à apprendre à lire.

1999 : Licencié de son entreprise pour un problème à l’épaule, il commence l’apprentissage de la lecture avant de créer, en 2003, l’association Addeski.

2019 : Jean-René Mahé est nommé Breton de l’année lors des 6e Victoires de la Bretagne, organisées cette année à Lorient par Le Télégramme.

Ses sœurs et son frère ont appris à lire sans problème, mais Jean-René Mahé, lui, n’y est pas parvenu avant longtemps. « Ça a commencé en CP. Je voyais les autres qui y arrivaient, mais moi, j’étais comme face à un mur. » Alors le petit Jean-René a redoublé. Une fois, deux fois, trois fois... Un chemin de croix qui le fait abandonner l’école le jour de ses 16 ans pour entrer aux abattoirs Tilly, à Guerlesquin.

Une drôle dhistoire damour

À l’usine, Jean-René Mahé a usé de tous les stratagèmes pour cacher son handicap. « Je faisais semblant de lire les notes de service affichées près de la pointeuse et j’écoutais ce qu’en disaient les autres. » Au bout de seize ans chez Tilly, seules trois personnes étaient au courant. « J’ai aussi berné ma femme », nous raconte-t-il, en souriant à Huguette, assise à ses côtés. Ça n’a pas duré très longtemps, car, dès que c’est « devenu sérieux », il lui a tout avoué. Mais pendant quelques mois, après le rendez-vous du dimanche avec son amoureux, Huguette lui écrivait. « C’est ma mère qui me lisait les lettres et ma sœur qui écrivait les réponses. Pas vraiment très intime comme histoire d’amour... »

Pendant longtemps, ses filles n’ont pas su que leur père ne savait pas lire, et, à 43 ans, lorsqu'il est licencié de chez Tilly, pour un problème à l’épaule, Jean-René Mahé ne peut calligraphier que son nom et son prénom. Pas même ceux de sa femme et de ses enfants...

« J’ai pourtant lancé des signaux lorsque j’étais chez Tilly, jusqu'à la tentative de suicide, mais personne ne les a vus. Je crois que, à force de me cacher, j’étais devenu invisible. » C’est son kiné, auquel il se confie lors des séances de rééducation de son épaule, qui va changer la vie de Jean-René, en lui trouvant, à Morlaix, une structure parfaitement adaptée à son cas : l’atelier Chloé. « Savoir qu’il existait des gens pour m’aider, ça a été un déclic, une porte qui s’entrouvrait. Mais je me sentais toujours comme un bon à rien. »

Mis en confiance, Jean-René va enfin commencer à déchiffrer les lettres et les mots. Et, au bout de quelques mois, le voilà capable de lire son premier paragraphe. À l’atelier de Chloé, il est repéré par les journalistes et sociologues de passage comme celui qui ose parler de son illettrisme. « Ça n’était plus un tabou pour moi. Je voulais parler au nom de toutes ceux qui ne peuvent pas le faire. »

Adrienne, la fidèle tutrice

Déclaré inapte au travail, Jean-René prend la décision de s’investir plus encore, de dépasser son rôle de témoin. En 2003, il fonde l’association Addeski (réapprendre en breton) pour « aller chercher tous ces gens qui vivaient ce que j’avais enduré. Je voulais être sur le terrain, là où les formateurs ne vont pas. » Repérer les gens en difficulté et les écouter a été la base du travail de l’association. Depuis sa création, ce sont près de 400 personnes qui ont bénéficié de l’aide de Jean-René Mahé et de son équipe de bénévoles.

Aujourd'hui, il a pris du recul par rapport à Addeski, mais continue le combat, pour lui-même (il voit toujours Henriette, sa tutrice, chaque lundi), mais surtout pour tous les autres. Et ça n’est pas cette nomination de Breton de l’année 2019 qui va lui donner l’envie de raccrocher...

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