Méné Bré, la montagne magique

Méné Bré, la montagne magique

Point culminant du Trégor, repère fiable pour déchiffrer les caprices de la météo, le Méné Bré est aussi l'une des "montagnes magiques" que compte la Bretagne. Il ruisselle d'anectotes, d'histoires et de légendes savoureuses.

Comme les nuages, les légendes s’assemblent volontiers autour des cimes. Le Méné Bré, Tossenn Vre, situé à cheval sur les deux paroisses de Louargat et de Pédernec, en a, quant à lui, toute une couronne qui s’élargit ou se rétrécit au gré des conteurs. En voici une première concernant sa formation.

Alors qu’il portait un énorme sac de terre sur le dos, dans l’intention de boucher la rade de Brest, le géant Gargam Tual, passant un soir d’été par Guingamp, avait senti quelque chose qui s’accrochait à son pantalon.

C’était le clocher de l’église de Notre-Dame-de-Bon-Secours. Comme il ne faisait pas clair, il avait pensé qu’il se trouvait dans un champ de blé que l’on venait de couper et il avait dit: Biskoazh kement-all, amañ eo hir ar soul ewit ar bloaz! Nom de nom, ici le chaume est long cette année.

Quelques kilomètres plus loin, il ne s’était pas rendu compte que son sac était percé et, en sautant par-dessus un talus, il perdit une partie de son fardeau. Le monceau de terre qui s’en échappa, forma, dit-on, le Méné Bré. Il continua néanmoins sa route et un peu plus loin, en butant contre une pierre, le reste du sac tomba par terre et créa le Ménez Hom. C’est pourquoi la rade de Brest n’a jamais été comblée.

Oracle météorologique

Au sommet du Méné Bré, on remarque la chapelle de saint Hervé. Sous l’autel de ce petit sanctuaire se trouve une fontaine. Voici ce que racontent les anciens dans la langue du pays:

Bez a zo barzh ar chapel un aoter vihan dister. Tud kozh ar vro a lâre a oa dindan korn an aoter-se ur feunteun. Gwechall, e oa bet losket er feunteun-se ur wa goude stagañ ul las sei ruz deus he c’herc’hen. Kavet nâ an evn-se an tu d’en em silañ dre dindan an douar betek porzh-mor Lannuon. Kalz a dud a grede gant-se e oa kleuz ar menez ha leun a dour.

Il y a dans la chapelle un misérable petit autel. Les anciens du pays disaient que sous le coin de cet autel se trouvait une fontaine. Autrefois, on avait lâché une oie dans cette fontaine, après lui avoir attaché un ruban de soie rouge au cou. Le volatile avait trouvé le moyen de se faufiler sous terre jusqu’au port de Lannion. C’est pourquoi les gens croyaient que le mont était creux et plein d’eau. Il se dit en effet que le Méné Bré serait empli de liquide et que s’il se produisait un tremblement de terre le pays serait inondé. Dans le domaine de la météo, les Trégorrois font volontiers confiance à leur point culminant. Laissons parler Anatole Le Braz à ce sujet: «Le ménez, qui sans bouger regarde les quatre coins du ciel, c’est l’ancêtre de la contrée, Tad koz ar vro. Il sait prévoir le temps, c’est un voyant, un avertisseur. Si, à l’époque de la fenaison, il fait mine de froncer les sourcils et de rentrer les épaules, c’est signe qu’il se prépare du noir dans l’atmosphère et qu’il est urgent de mettre les foins en meules.

Qu’il se hausse, au contraire, en se reculant, et nage suspendu sur l’horizon, comme pour mieux embrasser du regard le panorama qu’il commande, alors, bonace certaine en mer et clair soleil sur les champs». Lorsque, de son sommet, s’élève un voile de brume,les gens du coin ajoutent également ceci: Emañ sant Herve oc’h ober tan gant balan glas. Saint Hervé fait du feu avec du genêt vert. C’est encore l’annonce d’une averse prochaine. Et ce n’est pas tout: Ma vez gwelet Bre, pell diwit, neuze ‘seblant amzer vat. Ma vez Bre tost dit eo seblant glav, si tu vois le Méné Bré loin de toi, c’est signe de beau temps. S’il te semble près de toi, c’est signe de pluie.

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