À télécharger gratuitement : dans le secret des Monts d'Arrée

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Bretagne Magazine vous propose de (re)découvrir des articles publiés ces dernières années. Aujourd'hui, retour dans les Monts d'Arrée, à la découverte des discrètes landes et tourbières du Cragou et du Vénec.

Publié le 20/10/2020
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Il faut savoir s’éloigner des coutumiers itinéraires littoraux et prendre un peu de hauteur pour découvrir quelques joyaux du patrimoine naturel breton. En marge des Monts d’Arrée et du Parc Naturel Régional d’Armorique, le petit bourg perché du Cloître-Saint-Thégonnec offre une belle entrée en matière. C’est là, à la Maison des réserves de Ty Butun, que nous attend Emmanuel Holder.


Lui qui ne connaissait rien aux landes et tourbières en arrivant, il y a 15 ans, dans ce coin de Bretagne, en est devenu l’un des plus fervents défenseurs, au point d’y consacrer un ouvrage, publié  en 2015. Salarié de l’association Bretagne Vivante, pour laquelle il gère plusieurs sites, il nous ouvre aujourd’hui les portes d’un monde méconnu, peuplé d’hôtes discrets. Première étape à quelques kilomètres de là, sur les sentiers aménagés des landes du Cragou. La Réserve associative fondée en 1986 a bien grandi. Des quelques hectares d’origine, on est passé désormais à 700 hectares de landes, tourbières, boisements et prairies, dont 468 sont classés en Réserve naturelle régionale, preuve du regain d’intérêt pour ces milieux longtemps négligés.


Les landes se déploient ici à perte de vue, jusqu’aux bois de crête, une autre singularité du site où ifs, houx, chênes et poiriers poussent à travers les chaos rocheux, dans une atmosphère propice aux croyances. Pas étonnant que le Cragou ait été l’un des derniers refuges du loup en Bretagne à la fin du XIXe. En luttant contre les plantations de résineux, la réserve a su conserver et restaurer d’importants milieux aujourd’hui essentiellement gérés par la fauche ou le pâturage de vaches nantaises et de poneys Dartmoor. Deux espèces rustiques qui profitent pleinement de leur espace de liberté et favorisent surtout le maintien d’une végétation riche et adaptée aux rigueurs environnementale : sphaignes, droséras, narthécie ou encore le malaxis des marais, une frêle et rarissime orchidée.

Salarié de Bretagne Vivante, Emmanuel Holder est devenu, en quinze années passées sur le terrain, l’un des plus fins connaisseurs de la tourbière.
Salarié de Bretagne Vivante, Emmanuel Holder est devenu, en quinze années passées sur le terrain, l’un des plus fins connaisseurs de la tourbière. © Erwan Balança
  • Un petit air des highlands


Pour découvrir en détail cette flore remarquable, direction maintenant la Réserve naturelle nationale du Venec qui, sur moins de 50 hectares, a le mérite d’abriter l’unique tourbière bombée de Bretagne. Rescapée de l’ennoiement du Yeun Elez, puis de l’avidité d’industriels voulant l’exploiter à grande échelle dans les années 1980, la tourbière fût sauvée grâce à la mobilisation des naturalistes et de l’association Bretagne Vivante.


À peine franchi le paisible hameau de Brennilis, se découvre une vaste lande tourbeuse bordant le lac, au pied de la Montagne Saint-Michel. Difficile de rester insensible à ce décor digne des Highlands d’Écosse. Tout commence par l’enfilage des bottes. « Le seul équipement recommandé », car les aménagements ont été volontairement restreints au strict minimum. Après quelques minutes de marche chaotique au travers des touffes de molinie, Emmanuel nous conduit vers une petite trouée de végétation. Cette clairière miniature au milieu des bruyères est en fait le résultat d’un étrepage. Une action de gestion, couramment utilisée ici, qui consiste à décaper la lande et la couche superficielle du sol. La tourbe mise à nu favorise ensuite l’apparition progressive de certains végétaux pionniers. Au premier coup d’œil pourtant, rien ne semble pousser sur ce substrat noirâtre et il faut s’accroupir pour, finalement, repérer plusieurs plantes rares et protégées. La droséra est la première à reconquérir le terrain, « généralement dès la première année qui suit l’étrepage ». Plus discrète, la Sphaigne de la Pylaie s’installe « au bout de trois ou quatre ans et le Lycopode inondé peut, lui, se faire attendre huit années… »

  • Participation de tous


Gérer des landes humides requiert parfois l’usage de techniques du passé. Mais c’est aussi une expérimentation permanente où rien n’est jamais acquis. Une subtile alchimie entre interventionnisme et “ laisser faire ” : pâturage, fauche, roulage de fougères, défrichage, étrepage, exclos… Une tâche diversifiée aussi : « il faut être naturaliste, paysan, savoir tisser des liens sociaux. » Car rien ne peut se faire sans l’acceptation locale et l’aide de tous. « Les agriculteurs participent en fauchant ou en plaçant leur troupeau, les anciens transmettent leur mémoire des lieux et des techniques ».


D’un œil désormais avisé, Emmanuel surveille l’évolution des sites. Il y a le positif, comme la progression inattendue de la Fauvette pitchou et des busards. Et puis il y a les doutes ou les déceptions. Le Courlis cendré, par exemple, qui disparaît inexorablement comme nicheur. Enfin, il reste les menaces sournoises, telles que l’enrésinement. Heureusement les mentalités évoluent. Beaucoup comprennent peu à peu l’intérêt de la démarche et défendent à leur tour ce patrimoine commun. Une curieuse histoire au final que ces milieux nés du défrichage des forêts et qu’on tente désormais de sauver de l’enfrichement.

Cet article est extrait du Bretagne Magazine n°92 (novembre-décembre 2016).

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Retrouvez les images du photographe naturaliste Erwan Balança sur https://erwanbalanca.fr

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