La troménie de Landeleau en 1905

La troménie de Landeleau en 1905

Le chanoine Peyron décrit ici la troménie de 1905. Récit surprenant de détails et de précisions.Découvrez tout de la procession de Landeleau glorifiant saint Théleau. Apprenez ainsi que les Bretons de ce coin étaient prêts à endurer des coups de bâton, juste pour toucher les reliques du saint portées sur un brancard...

La description de la troménie de 1905 provient d'une plaquette historique réalisé par le chanoine Peyron pour la paroisse de Landeleau.

'Le dimanche qui précède la Pentecôte, au sortir de la messe célébrée à la chapelle N.-D. de Lannach, le bedeau monte sur le talus du placître et met en adjudication l'honneur de porter les reliques du saint au jour de la grande procession; comme il y a deux porteurs, ils s'entendent naturellement sur le prix maximum de leur enchère qui, cette année, est montée à 125 F. Les porteurs se choisissent alors deux gardes du corps qui, armés de baguettes blanches dont nous verrons tout à l'heure l'utilité, se tiendront constamment de chaque côté des reliques pendant la procession.

La procession, suivie par environ deux mille hommes, car plusieurs sont venus des paroisses voisines, se met en marche dès sept heures du matin, précédée d'une douzaine de clai­rons, l'on se dirige vers la première station qui est la chapelle de Notre-Dame de Lannac'h, distante du bourg d'une demi-lieue; jusque-là, l'on marche d'un bon pas mais qui n'a rien d'exagéré car on y porte les bannières, et les jeunes filles et enfants du bourg précèdent la procession avec des oriflammes et portant sur les épaules des statues de saints.

En arrivant à la chapelle, les deux porteurs des reliques les élèvent sur le brancard à bout de bras au-dessus de la porte d'entrée, et toutes les personnes qui assistent à la procession passent dessous les reliques, essayant au passage de les toucher de la main ou du moins les franges du brancard qui les supporte, et c'est ici qu'interviennent avec leur baguette les deux gardes; ils tolèrent bien qu'on touche les franges, mais si les mains ont la témérité de vouloir toucher aux reliques elles-mêmes la baguette blanche s'abat immédiatement sur la main audacieuse; mais il n'y a que deux baguettes, pour cinq ou six mains qui se tendent à la fois, et plusieurs ont pu satisfaire leur dévotion sans que leurs doigts soient trop endoloris.

Si vous ne suivez jamais la procession, n'oubliez pas qu'il y a quatre à cinq marches pour descendre dans la chapelle et que le torrent humain qui s'y précipite pourrait facilement donner le spectacle d'une cascade si l'on ne prenait quelque précaution. La chapelle a heureusement une seconde porte par laquelle s'écoule la foule qui, après une demi-heure de défilé, va se reformer pour recommencer une procession d'une allure un peu plus vive.

Pour cela, on dépose les bannières, brancards et étendards dans la chapelle; les enfants et vieillards abandonnent la partie, et les vaillants, avec une seule croix en tête et les reliques du saint, se mettent en marche avec l'entrain que devait avoir saint Théleau lorsqu'il parcourut le même chemin sur son agile monture. Une bonne partie des pèlerins, trois ou quatre cents hommes et femmes, précèdent la croix et les reliques qui sont suivis du plus grand nombre. C'est que les premiers ont promis de faire le troar relegou en corps de chemise et pieds nus et, s'ils se trouvaient au milieu de la foule, leurs orteils courraient trop de risques.

La procession ainsi formée abandonne bientôt la grand route pour se rendre à travers les champs et les landes au fameux chêne qui servit de refuge à saint Théleau contre les chiens de Châteaugall, dont le manoir n'est pas éloigné; là, le prédicateur, monté sur un talus, fait en quelques mots l'éloge du saint patron, pendant que quelques dévots, au risque de troubler le sermon, s'acharnent à arracher quelques morceaux d'une vieille souche d'arbre, qu'ils prétendent bien devoir appartenir au tronc de l'arbre primitif, et dont les reliques ser­vent à protéger les moissons de l'incendie. Les agents d'assu­rances doivent avoir peu de clients dans le pays.

Après ce repos d'un petit quart d'heure, les pèlerins sont de nouveau en marche vers la troisième station, la chapelle du Pénity Saint-­Laurent, située sur une colline dominant les sources de l'Aulne, dans un site ravissant; là, à 10 h, la grand-messe est chantée, après laquelle, en plein air, le prédicateur fait un nouveau sermon écouté religieusement par ces deux mille fidèles, après quoi un repos d'une heure et demie leur est accordé pour prendre quelque réfection bien méritée après ce pieux exercice qui n'a pas duré beaucoup moins de cinq heures.

A une heure, les clairons appellent les pèlerins dispersés qui s'empressent de reprendre le parcours traditionnel de la procession sans se laisser attarder par les difficultés de la route; au fond d'un vallon, un ruisseau a formé une mare large de plus de dix mètres. Sur quelques pierres formant une chaussée étroite passent les reliques et quelques pèlerins privi­légiés, mais la masse n'hésite pas à traverser l'obstacle, enfon­çant dans l'eau et la vase bien au-dessus de la cheville. Si l'on doit escalader une pente un peu plus escarpée, au lieu de ralentir la marche, les clairons vous enlèvent en sonnant la charge, c'est une terrible épreuve pour les jarrets et les poumons; heureusement que, de temps en temps, l'on aperçoit sur la terre une jonchée de fleurs d'ajonc; c'est un signe pour indi­quer qu'un village n'est pas loin et que les femmes et les enfants qui n'ont pu suivre la procession ne voudraient pas être privés du bénéfice salutaire de passer sous les reliques.

Un instant, les porteurs s'arrêtent, élèvent le brancard, et les gens du village peuvent satisfaire leur dévotion; après ces quelques moments de répit, on repart, pour descendre ou monter par monts et vaux jusqu'à ce qu'on atteigne la qua­trième station, la chapelle Saint-Roch, où l'on a le temps de se reposer un peu plus longtemps, pendant que se renouvelle le passage de tous les pèlerins sous les reliques, à l'entrée de la chapelle de Saint-Roch. La procession se dirige ensuite vers Landeleau mais, à une demi-lieue du bourg, on retrouve les enfants et les jeunes filles avec les bannières et enseignes et, dès lors, la procession s'avance à une allure plus modérée qui permet aux chants de sortir des poitrines d'une manière plus mesurée et moins haletante car, durant tout le parcours, à la sonnerie des clairons, a succédé le chant du cantique breton composé par un ancien bedeau de la paroisse en l'honneur du saint-patron.

A l'arrivée au bourg, ceux qui n'ont pu suivre la procession se rangent en curieux sur le bord de la route, et plusieurs, for­çant la consigne, s'efforcent par surprise de passer sous les reliques pendant la marche malgré la vigilance des deux porte-verges préposés à la garde des reliques et à l'observance des règlements traditionnels; du reste, tous pourront sans tarder satisfaire leur dévotion car, une fois encore à l'entrée du cimetière, toute la procession défilera sous les reliques et, après le chant des vêpres et la bénédiction du Saint-Sacrement, les reliques elles-mêmes seront données à baiser à tous les fidèles.

Il est plus de 5 h quand se termine enfin cette longue cérémonie qui a commencé à 7 h du matin.

Si vous voulez vous édifier, allez donc à la procession de saint Théleau, d'autant plus qu'il en est de ce pèlerinage comme de tant d'autres : ' Si vous ne le faites pas de votre vivant, vous devrez le faire après votre mort, mais combien serait-il plus pénible; alors vous aurez à porter votre cercueil sur les épau­les et vous n'avancerez chaque jour que de la longueur du cercueil lui-même.'

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