Le cap Sizun de Jean-Yves Monnat

Le cap Sizun de Jean-Yves Monnat

Jean-Yves Monnat naturaliste et fin connaisseur de la culture bretonne, est amoureux du cap Sizun, la pointe sud du trident finistérien. Il nous guide dans cet article parmi ses richesses et ses secrets. 

Publié le 29/07/2020
A- A+
Erwan Balança

Un persévérant rideau de pluie ennoie ce lundi d’avril où nous rencontrons le naturaliste Jean-Yves Monnat. Il nous accueille sur le seuil de sa maison rurale aux linteaux bavards et au puits extérieur fermé, typique de ce terroir de bout (ou de début) du monde.Une opulente aubépine arborescente illumine de son parasol fleuri, quoique dégouttant, la courette qui jouxte un garage où les hirondelles ont élu domicile, faisant coucher l’automobile dehors. On augure, à l’accueil cordial de l’hôte, les bons moments à venir.
La maison capiste est restée “ dans son jus ”, la distribution (deux pièces de part et d’autre d’un couloir central) n’a pas été bousculée. « Les choses matérielles ne m’intéressent pas vraiment », souligne en préambule ce spécialiste de la biologie des populations animales, à la réputation internationale et aux compétences multiples, pour qui l’essentiel est manifestement ailleurs. Des cours passionnés de cet ancien enseignant de l’Université de Bretagne Occidentale, Brest, les étudiants gardent un souvenir lumineux. On ne s’étonne pas de découvrir en ce septuagénaire retraité, à l’allure sportive et juvénile, un homme des plus occupés.

  • La destinée tient à un “fil”


En cette période de confinement, c’est depuis l’âtre, qui dispense une bienveillante chaleur, que nous accomplirons « son voyage autour d’une chambre ». L’homme, au regard vif, va partager, plusieurs heures durant, sa géographie intime du cap Sizun. À défaut de mettre nos pas dans les siens, d’embrasser les panoramas qu’il affectionne, d’observer sur les falaises abruptes les mouettes tridactyles, travail et passion d’une vie, nous suivrons en pensée ce premier de cordée. Avec alacrité, faconde et humour, il nous entraîne vers les escarpements, nous plonge dans les vallons, l’œil aiguisé à la diversité et à la beauté de la presqu’île, sensible à la vie passée et actuelle de ses habitants.
Natif de Locmiquélic dans le Morbihan, mais doté d’ascendants paternels jurassiens, il découvre, adolescent, la varappe... et de ce fait débarque quelques décennies plus tard dans le cap Sizun. Quand le destin tient non pas à un fil... mais à une corde. En 1966, Michel‑Hervé Julien, fondateur de la SEPNB (Société pour l’étude et la protection de la nature en Bretagne) et de la réserve ornithologique de Goulien, apprend les qualités de grimpeur du biologiste et l’invite sur les falaises septentrionales du Cap. Julien a observé le ballet des pingouins qui entrent et sortent dans les cavités rocheuses de la falaise à-pic, mais il ignore si les oiseaux y nichent réellement. Seul un acrobate chevronné pouvait être à même de confirmer in situ la nidification de l’espèce.
« J’ai découvert le cap Sizun dans ces circonstances pour le moins singulières. Une côte découpée, une nature sauvage, des paysages à couper le souffle... Tout m’a séduit. Cela a été un coup de foudre immédiat, renouvelé chaque fois depuis plus de cinquante ans. » Dès 1970, il passe des congés en famille dans le Cap. Il opte d’abord pour le gîte rural, le séjour chez l’habitant, plus tard pour une maison un peu à l’écart du bourg de Goulien, qui lui sert d’abord de camp de base avant de devenir sa résidence principale à partir de 2002...

Bretagne Magazine n°114 / Juillet-Août 2020
Contenus sponsorisés