Erquy, les grands caps des Côtes-d'Armor

Erquy, les grands caps des Côtes-d'Armor

Les grès roses des pointes acérées griffant l'écume, le sable doré des grandes plages et des petites criques, le vert tendre de la molinie qui coiffe les dunes, le jaune éclatant des fleurs d'ajonc piquetant la lande, la mer changeante dégradant ses verts et ses bleus selon l'humeur du temps, entre aigue-marine et outremer...

Entre Côte de Granit Rose et Côte d'Emeraude, les grands caps, de Fréhel et d'Erquy enserrent une frange littorale riche de couleurs. Sa palette est si large que le choix d'une seule teinte aurait, fatalement, été trop réducteur pour la nommer.

A l'ouest, le Cap d'Erquy abrite de sa masse le petit port aux allures de station balnéaire qui lui a donné son nom. Nichée entre deux promontoires, la capitale de la coquille Saint-Jacques vit son hiver entre la fébrilité portuaire rythmée par les quotas de capture de coquillages et la langueur de son front de plage désert; la belle saison réveille la cité (qui devient l'une des plus peuplées du département) et fait revivre ses plages tandis que les bateaux de pêche chalutent sans contrainte en quête de poisson noble.

Magnifique point de vue

Au Nord, le Cap Fréhel, sauvage et grandiose, dresse ses murailles aux allures de ruines de château de légende à 70 mètres au-dessus de la mer. C'est le paradis des oiseaux marins : une réserve ornithologique reconnaît leur suzeraineté sur ces falaises et éperons de grès ocres et violacés.

Le lac bleu, suspendu à flanc de falaise au-dessus du port d' Erquy, offre un surprenant point de vue sur la baie et la ville, avec ses eaux vertes (eh oui !), dans lesquelles se reflètent de grands pins. Il est né de l'excavation des carrières, d'où l'on extrayait autrefois le grès rose. De ces carrières sont sortis, jusqu'en 1930, les pavés destinés aux rues de Paris.

La forteresse de La Roche-Goyon

Perché sur son éperon rocheux, la forteresse de La Roche-Goyon -mieux connue sous le nom de Fort-la-Latte- compte parmi les plus belles cartes postales de la région et témoigne de l'histoire de l'Etat puis de la région Bretagne. Le premier château de la famille des Goyons (une grande famille qui marque l'histoire bretonne jusqu'à la fin du XVe siècle) aurait, dit-on, été construit sous le règne d'Alain Barbetorte, au début du Xe siècle. La forteresse actuelle date du XIIIe siècle. Maintes fois, elle a changé de mains; souvent, elle a été attaquée; rarement, elle a été prise.

Ravagé en 1597, puis restauré, le château a été abandonné au XIXe siècle. Lorsque M. Jouon des Longrais l'a acheté, en 1931, Fort- la-Latte était dans un état tel qu'il fallait engager d'importants travaux de restauration. Ces travaux, menés par M. des Longrais puis son fils (le propriétaire actuel), ont permis de faire de la forteresse un passionnant rendez-vous avec l'histoire agitée de la région. On peut également se promener dans le parc, un paysage sauvage que les propriétaires soucieux de protection de la nature ont préservé de tout aménagement.

Le phare du Cap Fréhel

Le jeune phare du Cap Fréhel s'élance au dessus des bâtiments d'exploitation et d'exposition joliment construits en pierres soigneusement taillées et domine le vieux phare aux allures de tour fortifiée, bâti en moëllons aujourd'hui disjoints. Plus loin, tout à la pointe, une autre petite tour se dresse au bord de l'aplomb rocheux. Du haut du phare -que l'on peut visiter de mai à octobre et durant les vacances scolaires-, on peut apercevoir, par temps clair, Bréhat à l'Ouest, Jersey au Nord, Chaussey au Nord-Est et le Cotentin à l'Est.

Un superbe panorama qui se mérite : il y a 145 marches à gravir.

Le four à boulets rouges

Erquy était en première ligne des guerres qui ont marqué les relations franco-anglaises. Pour protéger le port, une batterie de deux canons a été installée, dès le début du XVIIIe siècle, sur la pointe des Trois-Pierres. Le corps de garde, une petite bâtisse en pierre, est encore visitable au bord de la route du cap. En revanche, la tour de guet a été rasée durant l'Occupation.

Le four à boulets a été construit plus tard, après le funeste 23 mai 1796 : les pièces, mal servies par les canonniers sans expérience, ont explosé lors de l'attaque d'une division navale anglaise venue détruire un convoi marchand réfugié au port avec la corvette 'L'Etourdie' qui l'escortait. Après cette triste affaire, qui s'est achevée par le succès de l'attaque anglaise et le sabordage de 'L'Etourdie', la batterie a été renforcée par quatre pièces supplémentaires et dotées d'un four à boulets : les canons rhéginéens pouvaient ainsi arroser les navires ennemis de boulets incendiaires chauffés au rouge. Ils mettaient le feu aux navires en se fichant dans leur bordage. Le four, l'un des rares à avoir été construit sur les côtes bretonnes, est parfaitement conservé.

Capitale de la coquille Saint-Jacques

Le port d'Erquy, niché au fond de la baie à l'abri de la haute falaise rocheuse du cap, héberge une dynamique flottille de bateaux côtiers. Elle a donné à la ville le titre de capitale de la coquille Saint-Jacques. Mais ces bateaux pratiquent également la drague à la praire, la ligne et le chalutage côtier toute l'année. Leur pécialité, outre coquilles et coquillages : les espèces nobles telles que sole, lotte, rouget ou bar. Et une garantie de fraîcheur, liée à la brièveté de leurs marées.

La vente a lieu à la criée (en fonction des jours de pêche pour la coquille). Le public peut y assister.

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