Histoire et origine de la marinière bretonne

Histoire et origine de la marinière bretonne

La marinière bretonne possède une histoire riche et dense qui a été utilisée à différentes fins. Mais son lien à la mer et l’océan en font un produit fondamentalement breton et son succès à l’international en a fait plus largement un habit typiquement français. Quelle est l’origine de la marinière bretonne ? Quelle est l’histoire de la marinière ? Ce tricot rayé au motif inimitable accompagne les vacanciers et plaisanciers en bord de mer, mais son origine est bien différente...

Publié le 31/03/2021
Modifié le 01/04/2021
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Histoire et origine de la marinière bretonne

Qui est à l’origine de la marinière bretonne ?

C’est Coco Chanel qui a popularisé et démocratisé la marinière en tant qu’objet de mode en 1916. Mais ce n’est pas elle qui en est à l’origine ! Avant d’être un vêtement du quotidien qui va aussi bien aux hommes qu’aux femmes, la marinière désignait avant tout l’ensemble de l’uniforme porté par les marins. Quelle est l’histoire de la marinière ?

Ce qu’on appelle « marinière » aujourd’hui était en réalité le tricot rayé qui servait de sous-vêtements aux matelots. La Marine Nationale est donc à l’origine de la marinière bretonne mais pas du motif rayé. Sans boutons ni coutures, cette blouse rayée avait pour but d’éviter les accidents avec les cordages des navires. Spécifique à la Marine Nationale, la marinière est donc un habit militaire qui est encore aujourd’hui porté par le corps maritime.

Jusqu’au Second Empire et la monopolisation du pouvoir par Napoléon III, les matelots français n’étaient pas tenus de se présenter en uniforme, contrairement aux officiers et gradés. Le motif existait déjà, mais c’est un décret impérial qui, le 27 mars 1858, impose le tricot rayé à tous les matelots et quartiers-maîtres.

Gravure du 19ᵉ siècle représentant un marin et un fantassin en uniforme dans l’armée de Napoléon III
Gravure du 19ᵉ siècle représentant un marin et un fantassin en uniforme dans l’armée de Napoléon III

 

Pourquoi la marinière est-elle bretonne ?

On dit que la marinière est bretonne, car une grande partie des matelots de la Marine Nationale étaient en provenance de la Bretagne. Culturellement liés à l’océan, de nombreux Bretons du 19ᵉ siècle et d’avant voyaient en la Marine une opportunité d’échapper à la misère qui frappait la région. De fait, les Anglais appellent la marinière : « breton shirt » !

Pourquoi les marinières ont des rayures ?

C’est parce que la technique de tissage du jersey, spécifique à la marinière, produit de telles rayures. C’est également une façon d’économiser la couleur bleu indigo qui était très chère à l’époque. La marinière bretonne est fabriquée d’une pièce avec une seule couture au niveau des manches. Le but était d’accorder une aisance pour les mouvements des marins.

Le décret de 1858 instaurant la marinière est très précis quant à la conception et la fabrication de l’habit, comme le rapporte le Ministère des Armées :

  • 21 rayures blanches larges de 20 millimètres sur le torse et le dos

  • 20 ou 21 rayures bleu indigo large de 10 millimètres sur le torse et le dos

  • 15 rayures blanches sur les manches

  • 14 ou 15 rayures bleues sur les manches

Le nombre de rayures indigo dépendait de l’endroit où était coupé le tissu. Si une rayure bleue était coupée, ça en faisait une de plus sur l’habit !

Autre anecdote sur l’histoire de la marinière ! La marinière imposée par le décret descendait jusqu’au haut des cuisses afin de cacher les parties basses des marins lorsqu’ils se penchaient, chose qui arrive fatalement lorsque l’on travaille sur des quais ou à bord d’un navire. Dépourvus de sous-vêtements, les marins devaient mieux présenter en tant que représentants de la Marine Nationale.

La marinière dans la mode : mixte et intemporelle

Au cours du 20ᵉ siècle, la mode s’est progressivement démocratisée et la haute couture a commencé à entretenir de plus en plus de relations avec le prêt à porter. L’habit en tant que marqueur social devient peu à peu le support de valeurs qui ne sont plus seulement réservées à une élite. En bref, l’histoire de la marinière a évolué au travers des époques.

Coco Chanel : la marinière au féminin

En 1913, Coco Chanel lance sa version de la marinière : un col marin sans rayure à destination des femmes de la grande bourgeoisie. À cette époque, Coco est la créatrice la plus réputée à populariser le fameux col marin, mais d’autres créateurs l’avaient déjà adapté au 19ᵉ siècle.

En pleine Première Guerre Mondiale, la femme (non-bourgeoise) participe à l’effort de guerre dans les usines réquisitionnées et doit subvenir aux besoins de sa famille. Cette adaptation de l’uniforme masculin s’accompagne d’un pantalon afin de le destiner aux femmes. Brisant les codes de la mode, le « style marin » devient un objet de mode mixte, mais reste consacré à une certaine élite.

Coco Chanel portant un tricot rayé, une marinière bretonne avec un pantalon
À titre personnel, Coco Chanel portait le tricot rayé

 

Yves Saint Laurent et Jean-Paul Gaultier : ambassadeurs de la marinière dans le monde

En se réappropriant le motif rayé, les couturiers Yves Saint Laurent et Jean-Paul Gaultier inscrivent le style marinière à leur manière dans les années 1960 puis 1980, faisant de la marinière un véritable habit intemporel.

Si Jean-Luc Godard avait habillé la très populaire Brigitte Bardot d’un tricot rayé dans Le Mépris en 1963, c’est Yves Saint Laurent qui ramène les rayures indigo dans le monde de la mode en 1966 avec sa collection « matelots ». Adaptée en robe en sequin pailletée, le motif typique de la marinière est ici porté par Catherine Deneuve.

Catherine Deneuve portant une robe en sequin pailletée au motif marinière concue par Yves Saint Laurent

Dans les années 1980, Jean-Paul Gaultier ne se contente pas d’adapter la marinière au monde de la mode, mais s’approprie le tricot rayé en tant que tel. Dès sa première collection de prêt à porter pour homme « Boy Toy », il met en scène la marinière de manière simple et accessible à un plus grand public. La marinière devient un produit pour tous.

La marinière bretonne aujourd’hui 

De nos jours, la marinière bretonne est devenue un véritable symbole de la mode et du savoir-faire français. En 2012, le ministre du Redressement Productif Arnaud Montebourg avait porté la marinière de l’entreprise finistérienne Armor Lux en une du Parisien Magazine afin de promouvoir le Made in France. Lorsque l’Équipe de France de Football adopte la marinière pour leur maillot en 2014, Arnaud Montebourg avait regretté que ce motif bien français soit appliqué à un maillot fabriqué… en Thaïlande !

Une du Parisien Magazine en 2012 montrant Arnaud Montebourg portant une marinière Armor Lux made in France

Uniforme militaire, habit militant et féministe, motif de haute couture puis symbole français, la marinière bretonne a évolué au travers de son histoire. Mais s’il y a un élément qui n’a pas changé entre le 19ᵉ siècle et les années 2020, c’est son lien à la mer. Présent dans son nom, la marinière se porte beaucoup sur les stations balnéaires françaises (et surtout bretonnes). Les congés payés dans les années 1930 et l’augmentation du pouvoir d’achat dans les années 1960 ont permis le développement du tourisme au cours du 20ᵉ siècle. La marinière traverse les régions et les époques et reste aujourd’hui un must pour vos vacances en Bretagne !

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