Carnac, paradis artificiel

Carnac, paradis artificiel

D’une dune et quelques marais salants, Carnac-Plage est devenue en l’espace de quelques années une des stations balnéaires les plus cotées. L’oeuvre de plusieurs hommes qui ont vu en ce quartier, dès la fin du XIXe siècle, un
potentiel à exploiter.

© Yannick LE GAL

L’ histoire du lotissement de Carnac-Plage est édifiante et montre comment la main de l’homme peut profondément modifier une région. » C’est ainsi que le docteur Etienne Saint-Martin, dans son étude climatologique de 1938, commente la fondation du quartier balnéaire de Carnac. De cette manière, il résume parfaitement la naissance de Carnac-Plage à la fin du XIXe siècle, initiée par quelques hommes.

Les premières traces d’une activité balnéaire sur le littoral carnacois remonte à l’antiquité. En 1875, l’archéologue écossais James Miln découvre les fondations d’une villa romaine datant du IIIe siècle. « Les Romains avaient l’habitude de prendre des bains de mer. Cette tradition a longtemps disparu, avant de revenir à la fi n du
XIXe siècle », explique Thierry Leneuveu, auteur d’une thèse sur l’histoire du tourisme et président de l’association Vacancial. C’est à cette époque que débarquent les premiers touristes, avant tout attirés par l’impressionnante collection de mégalithes de la commune. Parmi eux, des écrivains de renom -comme Victor Hugo ou Gustave
Flaubert- viennent admirer les pierres levées. Cette fascination pour le patrimoine préhistorique de Carnac fait renaître progressivement l’activité balnéaire.

Le développement de Carnac-Plage tient avant tout d’un événement particulier : une rencontre. En 1897, l’investisseur parisien Georges Payot vient étudier à Belle-Ile la possibilité d’instaurer une ligne de chemin de fer. Sur le chemin du retour, il rencontre Désiré Jamet, ingénieur local. En mettant en avant le potentiel du littoral carnacois, ce dernier réussit à convaincre l’investisseur : un tramway reliant Etel à La Trinité-sur- Mer aurait plus d’intérêt. Le projet est lancé deux années plus tard. Les deux hommes, rejoints par le notaire Louis Luneau, fondent
la Société anonyme de Carnac-Plage. Cette dernière se fixe pour objectif de « racheter tous les terrains de la plage de Carnac afin d’exploiter et mettre en valeur ce territoire », comme le rapporte l’acte fondateur de la SA de Carnac-Plage retrouvé aux archives départementales du Morbihan. La zone est, à l’époque, constituée de marais salants et doit être asséchée pour devenir constructible. Une fois le terrain salubre, le développement de Carnac-Plage débute.
Chaque villa est bâtie par la Société elle-même. « L’architecture de cette époque est très diversifiée à Carnac-Plage. C’est une volonté de la Société », raconte l’architecte Gilles Freidel, auteur de Carnac-Plage, une architecture balnéaire bretonne.

Parallèlement, la Société du tramway Trinité-sur-Mer-Etel voit le jour. Celle-ci a pour but de relier les deux communes en desservant Carnac et ainsi faciliter son accès aux touristes. Mis sur rail le 10 avril 1901, le projet rencontre un franc succès. L’euphorie est pourtant de courte durée. La ligne est réquisitionnée puis détruite lors de la Première Guerre mondiale. Elle est alors abandonnée jusqu'en 1922 et sa remise en service. Sa fréquentation sera bonne jusqu'aux années 1930. Concurrencée ensuite par l’avènement de l’automobile, elle est définitivement démantelée en 1935.

Business fleurissant

Pendant ce temps, Carnac-Plage prend de l’importance. Le Grand Hôtel, premier établissement touristique, est bâti en 1903. Le tourisme reste alors motivé par les mégalithes de Carnac, mais les vertus thérapeutiques des bains de mer suscitent également l’intérêt d’une clientèle de prestige. « La reine Marguerite de Savoie, un temps reine d’Italie, vient même y séjourner ! », s’exclame Gilles Freidel. Dans l’entre-deux-guerres, un homme va faire entrer Carnac Plage dans une autre dimension : le docteur Etienne Saint-Martin. Convaincu par les bienfaits du climat breton sur la santé, il étudie la climatologie pour mettre au point ses thérapies. En 1931, alors à la tête de la Société
des eaux et aménagements de Carnac, il instaure le réseau d’eau courante puis les égouts. Trois années plus tard, ces installations contribuent à classer la commune comme station climatique. Profitant de
cette réputation, Carnac-Plage continue son développement pour se positionner en haut-lieu de villégiature morbihannaise. A la fin du XXe siècle, le tourisme de Carnac est devenu un business fleurissant. A tel
point que l’Etat envisage en 1991 de cloisonner le site des menhirs et d’y ajouter une zone commerciale. Sous la contestation massive, le projet est abandonné quelques années plus tard. Ce qui permet à la ville
de garder tous ses charmes touristiques.

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