Les Ropartz, fierté de Guingamp

Les Ropartz, fierté de Guingamp

Au XIX e siècle, Guingamp peut s'enorgueillir d'avoir vu se développer une vie culturelle active, animée par des personnalités telles que les Ropartz : Sigismond, fut avocat, écrivain et historien. Le second, son fils Joseph-Guy, connut une brillante carrière de compositeur.

Les Ropartz sont issus d'une vieille souche trégorroise, puisque le plus ancien aïeul à avoir été recensé, est un certain Prigent Ropartz, qui prête serment au duc de Bretagne, parmi les nobles de l'évêché de Tréguier, en 1437. Le grand-père de Sigismond Ropartz, Joseph, était quant à lui originaire de Plougasnou, près de Morlaix. Juriste, avocat au parlement de Bretagne sous l'ancien régime, il poursuivit sa carrière sous l'Empire, devenant procureur impérial et décoré de la Légion d'honneur. Un de ses fils est chirurgien et donne naissance à Sigismond Jean Pelage Ropartz, le 9 mars 1824, à Guingamp. Orphelin très tôt, ce dernier fut recueilli et protégé par Jean-Marie de Lamennais, qui lui permit de suivre des études de droit. Diplômé, Sigismond Ropartz s'établit comme avocat dans sa ville d'origine, en 1847. Comme de nombreux notables de son époque, il est passionné d'histoire et de ce qu'on nomme encore les « Antiquités », préfiguration de l'archéologie contemporaine.

Une histoire riche et mouvementée

Guingamp compte alors un petit milieu intellectuel, passionné par la matière de Bretagne. « L'âge d'or de cette affirmation identitaire à Guingampse situe à la fin du XIX e siècle, note Hervé Le Goff dans sa récente histoire de cette ville. Il avait, sans doute, été préparé par la celtomanie ambiante du milieu du siècle, représentée en ville par le Breton d'adoption Jollivet et surtout par Sigismond Ropartz ». La principale oeuvre de ce dernier restera, en 1859, « Guingamp, études pour servir à l'histoire du Tiers-Etat en Bretagne ». Sigismond Ropartz a bénéficié, pour sa recherche, d'une documentation exceptionnelle : en 1851, lors du déménagement de la mairie, plusieurs liasses de vieux documents sont découvertes. Il s'agit, en fait, des archives de la communauté de la ville, tenues depuis le XIV e siècle. Ils seront remis en ordre par l'historien Arthur de La Borderie, une connaissance de Sigismond Ropartz. Lors de la guerre de Succession de Bretagne (1341-1364), Guingamp, ville privilégiée par Charles de Blois, un des prétendants au duché, s'était, en effet, vu octroyer de nombreux avantages. Durant tout le Moyen Ege, la cité trégorroise eut, il est vrai, une histoire riche et mouvementée, matière à la rédaction de cette imposante somme qui, dans certains domaines, fait toujours référence. On doit aussi à l'écrivain une Vie de saint Yves et une biographie de Jean-Marie de Lamennais.

Un vaste cercle d'amis

Intégré à la vie guingampaise, Sigismond Ropartz sera membre de nombreuses sociétés savantes et d'organisations régionalistes qui se développent à l'époque. Sigismond Ropartz est ainsi un des correspondants de Théodore Hersart de la Villemarqué, l'auteur du « Barzaz Breiz », qu'il aide dans sa collecte de chants et de récits anciens, notamment pour la gwerz Seiziz Gwengamp, « le siège de Guingamp », remontant à la guerre franco-bretonne de la fin du XV e siècle. Sigismond Ropartz est également l'ami de musiciens, dont le Flamand Pierre Thielemans, organiste à Guingamp, avec lequel il compose la cantate « An div Vreiz » (« les deux Bretagnes »), une musique de choeur pour le congrès panceltique qui se tient à Saint-Brieuc en 1867. Ropartz entretint aussi une longue amitié avec Charles-René Collin, compositeur, organiste à la cathédrale de Saint-Brieuc et grand connaisseur de la musique populaire bretonne.

Le fils, compositeur breton

Nul doute qu'un tel cénacle de musiciens et d'érudits autour de son père dut influencer durablement le quatrième fils de Sigismond Ropartz, Joseph-Guy, né à Guingamp, dans la rue Notre-Dame, en 1864. Trois ans plus tard, ses parents s'installent à Rennes où il poursuivra ses études. Il obtient une licence de droit pour satisfaire la mémoire de son père (mort prématurément en 1878), mais la vocation de Joseph-Guy est, avant tout, artistique. Avec Tiercelin, il particiipe ainsi, en 1889, à la revue littéraire « L'hermine » et à une anthologie de poésie, « Le Parnasse breton ». Il suit ensuite des cours de composition au conservatoire de Paris. A trente ans, en 1894, il est nommé directeur du conservatoire de Nancy. Il ne le quittera qu'en 1919, pour celui de Strasbourg. De 1929 à 1955, il reviendra prendre sa retraite à Lanloup. Il était alors membre de l'Académie des Beaux-Arts, en reconnaissance de ses talents de compositeur.

Une oeuvre inspirée par la Bretagne

L'oeuvre de Joseph-Guy Ropartz est abondante et s'étale sur soixante-dix ans de création. On lui doit notamment cinq symphonies et plusieurs quatuors. Elle est très influencée par des thèmes bretons, mais aussi par la foi religieuse et la mer. Pour le critique André Coeuroy, cette oeuvre était ainsi « une incessante exaltation de la nostalgie bretonne, ardemment mélancolique et rêveuse jusque dans ses joies ». Les compositions de Joseph-Guy Ropartz sont toujours jouées, même si elles ne sont connues que d'un public averti, comme le souligne Jacqueline Cherpitel, une de ses biographes : « Sa musique ne séduit pas au premier abord l'auditeur non préparé : le choix de textes empreints très souvent de nostalgie et de tristesse, la complexité du langage harmonique, l'exubérance parfois du coloris orchestral, la longueur des thèmes mélodiques difficiles à retenir, cachent pourtant une force d'expression qu'il faut savoir découvrir ».

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