1860. Hennebont se forge un avenir

1860. Hennebont se forge un avenir

En une quarantaine d'années, les Forges d'Hennebont vont bouleverser un pays. En faisant d'Hennebont l'un des hauts lieux de l'industrie en Bretagne.

L'aventure industrielle des Forges d'Hennebont s'est définitivement arrêtée en 1966. La fin d'une histoire débutée un siècle plus tôt, en 1860, et qui aura profondément bouleversé un pays. En créant notamment une ville à la lisière de deux communes, celle d'Inzinzac, modeste bourg de cultivateurs et d'Hennebont qui a préservé son rôle administratif mais voit son activité commerciale supplantée par le port voisin de Lorient. De chaque côté du Blavet, le site s'est urbanisé au rythme du développement d'une industrie gourmande en mains-d'oeuvre.

Un site favorable

Mais ce n'est pas par hasard, si en pleine révolution industrielle, les frères Trottier choisissent cet emplacement pour développer leur projet d'usine métallurgique. Ingénieurs des Arts et Métiers d'Angers, Henri et Emile Trottier font en effet l'acquisition, sur la rive droite du Blavet canalisé, de trois hectares de terrain à Kerglaw. L'« Usine à fer » pourra compter, pour fonctionner, sur la présence de deux barrages qui lui fourniront l'énergie nécessaire. De même, la proximité des forêts rendra plus facile l'alimentation en bois et charbon de bois. Quant au port fluvial d'Hennebont, il facilitera le trafic avec l'Angleterre. Les forges y feront venir par bateaux à voile et à vapeur de la houille et du fer, et exporteront les bois destinés aux mines anglaises. Le développement sur les côtes bretonnes des conserveries, forte consommatrice de fer-blanc, assure aux forges un débouché tout trouvé. Quant à la main-d'oeuvre, il n'y a qu'à prendre sur place. Les paysans accourent.

Croissance rapide

Opérationnelle en 1861, l'usine va connaître un accroissement rapide. En 1861, elle produit déjà 750 t. Quatre ans plus tard, les forges emploient 310 ouvriers et produisent 1.225 t. En 1868, elles s'équipent d'une imprimerie sur métaux. Une croissance qui conduit, en 1869, les frères Trottier à acheter à proximité de Kerglaw, l'île Locastel en Lochrist, située en amont. Désormais l'usine compte deux sites avec, dès 1872, spécialisation de chacun d'eux. Les laminoirs sont installés à Lochrist et Kerglaw produit fer laminé, tôles et fer-blanc. Les installations industrielles s'étendent alors sur 2,5 km. Mais pour continuer à se moderniser, les Trottier décident, en 1882, d'entrer dans le giron de la puissante Compagnie des Cirages Français dont les activités, industrielles et commerciales, sont nombreuses entre l'Europe et la Russie. Les frères Trottier, qui restent cependant à la tête de l'entreprise qu'ils ont créée, poursuivent les investissements. Les Forges d'Hennebont sont ainsi dotées de fours Martin pour la production d'acier qui viennent remplacer les anciens fours à puddler. Et, entre la zone des barrages de Kerglaw et Lochrist se dressent aussi de nouveaux ateliers. De 5.250 t en 1880, la production passe à 10.860 t en 1888. Le nombre d'ouvriers dépasse quant à lui le millier.

Des ouvriers qualifiés

Pour fonctionner, l'usine avait besoin de mains-d'oeuvre. Jusqu'aux débuts des années 1880, Emile Trottier va faire appel à des ouvriers qualifiés, déjà formés aux métiers du travail des fers. Ces ouvriers, il les recrute un peu partout, Saône, Loire, Nièvre mais également auprès des forges des Salles dans les Côtes-du-Nord. E cela s'ajoute une main non qualifiée puisée dans les campagnes voisines. Une main-d'oeuvre abondante et courageuse qui, au fil des générations, va délaisser la terre, ses habitudes de vie pour des conditions de travail rudes, celles d'ouvriers des forges.

Des quartiers d'ouvriers

Un mouvement suffisamment profond pour qu'en une quarantaine d'années, la campagne se vide au profit d'une industrie en plein développement. E l'ouverture des Forges, les ouvriers rentraient chez eux après le travail. Puis, peu à peu, ils se sont installés avec femme et enfants dans des villages d'ouvriers, à Kerglaw, à Lochrist et dès 1880, à la Montagne. Un nouvel habitat plutôt sommaire et identique d'un quartier à l'autre : dans les deux pièces, parfois une, s'entassait une famille nombreuse, à qui les faibles revenus du travail suffisaient à peine pour vivre.

Entrepreneur et maire

Rien de comparable avec les demeures que les frères Trottier possédaient alors sur le Blavet. En 1895, ces derniers offrent une fontaine d'agrément en fonte, cuivre et granit à la ville d'Hennebont dont ils auront contribué au développement. Ce qui valut à ces ardents républicains d'en être élus maire. Emile Trottier est maire de 1878 à 1888. Une décennie durant laquelle il prend notamment une part active aux financements des écoles. En 1884, il inaugure l'abattoir. Une implication qui sera également celle de son fils qui lui succède jusqu'à son décès en 1893. Il fera notamment d'Hennebont l'une des premières communes à adopter l'éclairage électrique.

Pénibilité du travail

Pour augmenter les revenus, les ouvriers travaillaient un jour sur deux et les enfants étaient employés à l'usine des 10 ans. Graisseurs ou porteurs d'outils, ils travaillaient parfois jusqu'à 8 heures par jour. Une durée du travail qui était porté à 10-12 heures pour les 12-16 ans. Les adultes travaillaient quant à eux jusqu'à 12-16 h par jour. Enfants ou adultes, les conditions de travail étaient pour le moins pénibles du fait de la chaleur, des cadences imposées. Et les accidents étaient légions, près de 500 par an : blessures, mutilations diverses et même décès. Il est vrai que pour ces ruraux, être ouvrier, n'avait rien de simple. C'est en sabots, gilets et chapeaux ronds que les hommes se présentent à l'usine. Une tenue vestimentaire inadaptée à la pénibilité d'un métier et à laquelle ils vont finir par renoncer. C'est de cette pénibilité et dans la mouvance des revendications sociales de la fin du siècle, que les grèves de 1903 vont se nourrir. Trois ans plus tôt, les ouvriers avaient créé une caisse de secours, un centre d'éducation, un foyer et...un syndicat.

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