Sainte-Anne d'Auray, le pays des chouans dévoile rivières marines et chemins creux

Sainte-Anne d'Auray, le pays des chouans dévoile rivières marines et chemins creux

Dans ce pays, on a écrit l'histoire au nom de la fidélité, de la conviction et de la foi. Ici, autour d'Auray, s'est concentrée en une décennie sanglante toute la force bretonne d'attachement et d'entêtement, de volonté et de sacrifice, d'adhésion et de résistance.

C'est la terre des chouans, une terre de bataille et de recueillement, où l'on combat pour ce en quoi l'on croit ou tout simplement pour ce que l'on croit juste. Une terre douce à l'oeil mais qui ne suffit pas d'être belle : il lui faut aussi être aimée, comprise et défendue. Une terre exigeante qui demande au passant plus qu'un regard d'esthète, et qui lui offre plus qu'une image de carte postale. A l'écart des grands flux des migrations touristiques, juste en bordure de mer et déjà en plein coeur de Bretagne, les alentours d'Auray vivent leurs chemins creux et leurs rivières marines comme des passeports pour l'authentique.

De Brech à Quiberon, d'Etel à Kerpenhir, le Pays d'Auray regroupe une vingtaine de communes. Parmi elles, il en est de célèbres. Etel pour sa barre, Locoal-Mendon pour son bagad, Quiberon pour sa presqu'île, La Trinité pour la voile, Carnac pour ses alignements, Locmariaquer pour son menhir. Chacune a sa personnalité, son image, ses ambitions. Mais, qu'elles soient balnéaires, agricoles, maritimes, de plaisance ou de pêche, ostréicoles, industrielles, elles partagent la même histoire. Une histoire marquée par le tempérament des gens d'ici. Fort, jusque-boutiste, opiniâtre.

Ils ont élevé par centaines des mégalithes de plusieurs tonnes; ils ont jalonné leur sol des traces de leurs combats, du débarquement de Quiberon au champ des martyrs en passant par le mausolée de Cadoudal; ils ont parsemé leur terre de monuments à la mesure de leur foi, qu'il s'agisse de chapelles, d'églises, de Chartreuse ou de basilique; ils se sont fait une réputation de pêcheurs d'aventure jusque dans les mers hostiles du nord de l'Irlande et d'Ecosse; d'ici, Gérard d'Aboville le magnifique a lancé ses défis victorieux aux océans.

Audacieux et volontaires et pourtant accueillants, les gens du pays d'Auray sont à l'image de leur terre, où se succèdent falaises rocheuses et inhospitalières, plages reposantes, barre dangereuse mais aussi paisibles rias, ports abrités, vallées fertiles et campagnes boisées. C'est cette facette calme du Pays d'Auray, là où la rivière a perdu un peu de son goût de sel, que nous évoquons ici.

Rivières marines, marins hauturiers

Venant d'Auray, on accède au petit port du Bono en franchissant un élégant pont suspendu à la chaussée de bois. Construit voici un siècle et demi, il a été modifié en 1907 par Gustave Eiffel.

Le vieux pont offre sur le site une fort jolie vue, tout comme le nouvel ouvrage, bâti en aval, qui permet au regard d'embrasser plus largement le paysage. Niché dans un méandre de la rivière qui porte son nom, Le Bono est le port des Forbans. Qu'on se rassure : il ne s'agit pas là d'un nom qu'ont pu mériter ses habitants mais de l'appellation d'un bateau de pêche typique du début du siècle. Une réplique de cette chaloupe à deux mâts est d'ailleurs réalisée pour le grand rassemblement de Brest 1992.

Le Bono est également un port ostréicole, et l'on peut voir, au pied des piles du vieux pont, un ancien chantier où subsistent encore les bacs à chauler et les bouquets de tuiles à naissain. Aujourd'hui, le petit port accueille quelques bateaux de pêche mais aussi des bateaux de plaisance qui ont trouvé là un lieu d'hivernage remarquablement abrité. La tradition de la pêche y est restée vivante. Les marins d'ici sont reconnus pour leur compétence dans le domaine de la pêche au large, et ils sont nombreux à naviguer à bord des chalutiers hauturiers (en particulier ceux du grand armement concarnois Dhellemmes) remontant jusqu'au Nord Irlande.

Sous le signe du poulpe

Cela fait des millénaires que la vie marine marque les gens du Bono. En témoigne l'animal fétiche des populations primitives qui peuplaient ce lieu voici 2.500 ans : ce totem est un poulpe, que l'on retrouve gravé sur certains des piliers du tumulus néolithique de Kernourz. Ce tumulus, à l'intérieur duquel on peut accéder (allée couverte coudée), est entouré de tombelles rondes qui contenaient à l'origine de petits dolmens abritant les vases funéraires et des objets personnels des défunts. Certains de ces objets (poignards, bracelets...), retrouvés lors de fouilles, sont présentés au Musée préhistorique de Carnac.

Un mausolée pour Cadoudal

A l'entrée ouest d'Auray, au bord de la ville, un panneau indique le village de Kerléano. On y accède par une belle allée bordée d'arbres qui mène à une originale construction au dôme à l'antique : le mausolée de Georges Cadoudal. Entouré d'un superbe parc boisé soigneusement entretenu, il a été élevé devant le manoir familial du chef des armées chouannes, éxécuté sur I'ordre de Napoléon le 25 juin 1804.

Au bord de la rivière du Bono, le minuscule village de Sainte-Avoye groupe ses chaumières entre fontaine et clocher, autour de la chapelle du lieu. Une chapelle de belle taille, à la tour massive aux allures de donjon. A en juger par la disparité des styles et les ruptures d'architecture, elle a dû vivre fortement les vicissitudes de l'histoire locale. Un endroit vierge de tout panneau explicatif, dont rien ne vient détailler les épisodes de la longue vie. Rien, sauf l'ambiance...

La basilique de Sainte Anne

Depuis le Ve siècle, la mère de Marie est vénérée en ce lieu. La première chapelle des origines a été détruite vers l'an 700, et il a fallu attendre un millénaire pour que son culte renaisse, lorsque sainte Anne est apparue plusieurs fois à un pieux laboureur, Yves Nicolazic. La deuxième chapelle, construite sur le site de la première au XVIIe siècle, voit les pèlerins commencer à affluer à l'initiative des pères Carmes qui font construire dans la foulée la chapelle, le cloître, la Scala Sancta et la fontaine miraculeuse.

La seconde chapelle a, à son tour, été détruite pour laisser la place à la basilique, un majestueux ouvrage à la mesure de la dévotion des Bretons pour celle qui était devenue leur sainte patronne. Construite en 1866, elle allie la puissance de l'élan gothique à la gracieuse élégance Renaissance. Sa flèche, surmontée d'une statue de bronze, s'élance à 80 mètres au-dessus de la vaste esplanade pavée du parvis, où se massent les milliers de pèlerins, lors du grand pardon du 25 juillet. Enfin, le mémorial a été élevé en 1923, à la mémoire des 240.000 Bretons tombés au cours de la Première Guerre mondiale.

L'ensemble de ces monuments est intégré au sein d'un parc boisé, aux larges pelouses fleuries méticuleusement entretenues, aussi propices à la méditation que les lieux de culte le sont à la prière.

Les visons du château de Kerisper

Bâti au confluent des rivières d'Auray et du Bono, le château de Kerisper dresse son élégante silhouette Renaissance en bord de la route.Construit par les comtes de Lestrolan au XVIe siècle, il a été agrandi et rénové aux XVIIe, XIXe et, au début du XXe, par ses propriétaires successifs : le marquis de Mantaigü (dont il porte les armes, au sommet de sa grande grille d'accès en fer forgé) puis une famille d'industriels nantais. Il était en 1992 la propriété de Michel Pommais, maire de Pluneret, qui l'a maintenu en l'état où il l'a trouvé, avec le « confort moderne » des demeures bourgeoises du début du siècle.

Ce château est également une étonnante boutique : dans l'un des salons sont proposés à la vente les manteaux, vestes, blousons et « cravates » (ces écharpes ressemblant à un animal naturalisé) de vison, réalisés par le fils du maître des lieux à partir de la production paternelle.

M. Pommais dirige en effet un élevage de petits carnivores, non loin de là : un élevage important, avec 100.000 peaux par an, et assure le tiers de la production française. Son fils quant à lui s'est lancé dans la confection de vêtements.

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