Camaret, là où la presqu'île est la plus île

Camaret, là où la presqu'île est la plus île

Tout au bout de la péninsule crozonnaise, là où la presqu'île est la plus île, Camaret déploie l'éventail de ses trois pointes rocheuses. La pointe du Toulinguet, à l'Ouest; la pointe de Pen-Hir, au sud et la pointe du Grand Gouin, au Nord. Un site magnifique à découvrir en Finistère.

© GUILLAUDEAU Donatienne

A l'Ouest, la pointe du Toulinguet, prolongée par le rocher de la Louve, constitue un observatiore idéal pour les veilleurs du sémaphore bâti à son extrémité. Au sud, la grandiose pointe de Pen-Hir lance ses gigantesques Tas de Pois en direction de la pointe du Raz, que l'on aperçoit au loin.

Au Nord, la pointe du Grand Gouin abrite l'anse et le sillon, protégeant le port des coups de vent de noroît. Un port en mutation, où le décllin de la pêche langoustière s'est accompagné du développement de la plaisance. Un port où l'on ne construit plus de bateaux neufs mais où les anciens reviennent pour mourir. Un port moderne, néanmoins, avec sa criée informatisée mettant en marché la pêche fraîche d'une flotille côtière qui a pris le pari de la qualité.

Le français préféré au breton

Depuis le Moyen Age, Camaret est associé à la vie commerciale et militaire de la pointe de Bretagne, carrefour des échanges et des ambitions européennes. Il en est resté des traces, tant chez les habitants (les Camarétois - à la différence des habitants de la région alentour- ont toujours parlé le français, langue internationale, de préférence au breton), que dans la physionomie de la cité (elle compte de nombreux ouvrages de défense, de la tour Vauban aux blockhaus de la dernière guerre) ou sa toponymie, avec cette plage au nom évocateur de La Mort aux Anglais ou la Pointe des Espagnols, toute proche. Sans nul doute l'histoire agitée de cette petite ville grande ouverte sur le monde a-t-elle été pour quelque chose dans l'aventure des pêches lointaines qui ont fait sa fortune et sa renommée, à l'âge d'or de la langouste.

Les premiers crustacés

Cette aventure a démarré en 1870 par l'importation des premiers crustacés d'Espagne puis a pris son essor en 1900, lorsque les marins camarétois ont pris le risque de traverser la Manche sur leurs canots non pontés, pour aller pêcher à la langouste au large des côtes anglaises. Leur réussite les a encouragés à pousser plus avant la recherche de nouveaux lieux de pêche, remontant vers le Nord jusqu'aux Scilly, puis en Irlande, en Ecosse et aux Hébrides, tandis qu'au Sud ils découvraient les gisements du Portugal puis du Maroc, de la Mauritanie et du fabuleux Banc d'Arguin.

La formidable réussite de l'aventure langoustière se traduisait, à terre, par le développement du négoce à partir des viviers et par l'essor de la construction navale, avec une multitude de chantiers, parmi lesquels les fameux Keraudren et Tertu, le charpentier de Rostellec. Cet âge d'or a connu son apogée en 1961, lorsque 41 langoustiers ont débarqé 3.600 tonnes de crustacés. Dix ans plus tard, on tombait à 200 tonnes.

Destruction des gisements

A Pâques 1990, c'en est fini de la flottille : les derniers grands mauritaniens, désarmés, ont été mis en vente. Les raisons de cette lente agonie : la surexploitation des fonds, et, surtout, le non-respect de la réglementation par certain pays utilisateurs du filet, ce qui a conduit à achever en peu d'années la destruction des gisements. Aujour'hui, la langouste camarétoise est retournée à la case départ : comme avant 1870, les apports ne proviennent plus que de la pêche locale. Finie la rose, la rouge demeure.

Les bateaux reviennent pour mourir

C'est sur la grève du petit port de Rostellec, niché tout au fond de la baie enserrée entre la pointe des Espagnols et l'île Longue, que sont nés les plus grands langoustiers mauritaniens. Au début des années 60, le chantier d'Auguste Tertu y a lancé les derniers géants, ces cathédrales de bois atteignant 40 mètres de longueur. Aujourd'hui, l'anse de Rostellec n'abrite plus que les bateaux morts. Les vieilles carcasses de gabares ou de thoniers, oubliées depuis des décennies, y côtoient désormais les coques au rebut des chalutiers frappés par le plan de réduction de la flotte de pêche française. Déjà, les traces noires de la cendre sur les galets de la grève témoignent de la mise en oeuvre de ce plan de destruction par le feu. A Rostellec, qui en a vu naître tant, les bateaux reviennent pour mourir...

Le petit port de la rade n'est d'ailleurs pas le seul à avoir connu ces retours.Sur le sillon de Camaret, comme naguère sur celui du Fret, les vieux langoustiers du début du siècle dorment de leur dernier sommeil. Un sommeil respecté de tous : ces épaves ont en effet fait I'objet d'une mesure de classement.

Aux Tas de Pois

Au bout de la presqu'île, la pointe de Pen-Hir pousse dans l'Atlantique une corne obstinée, prolongée en pointillés géants par le grès acéré des Tas de Pois. Comme si le continent, têtu, n'avait pas voulu s'arrêter là où commence l'océan, se battant pied à pied, pierre contre vague, à la frontière de deux mondes. Quelle autre image s'impose mieux que cette lutte des matières, à la vue de ce paysage grandiose et désolé dominant l'Iroise ? Le fond sonore aussi contribue à cette ambiance de combat : le vent n'a pas besoin de souffler en tempête pour lever une houle puissante qui vient se fracasser, au pied des vertigineux à-pics de 60 mètres, dans les chaudrons d'enfer bouillonnants d'écume.

C'est pourtant ici que les oiseaux marins ont trouvé un havre de paix : goélands, mouettes, pétrels tempête, guillemots, macareux, cormorans, fulmars, petits pingouins, poingouins torda, huîtriers-pies et autres craves y nichent par centaines. Ils y bénéficient, il est vrai, d'une double protection : celle de la SEPNB, responsable de la réserve ornithologique des Tas de Pois, et celle de ce relief tourmenté qui rend inacessibles les monstrueux rochers.

De nombreux vestiges

Etranges ruines que celles qui se dressent à la sortie de Camaret, sur la crête entre les pointes du Toulinguet et de Pen-Hir. De la bâtisse, il ne subsiste plus que six tours encore altières, des pans de murs effondrés et les vestiges d'une entrée flanquée de colonnes et de balcons.L'homme qui vivait ici, dans ce château si fou planté dans les tempêtes, ne pouvait pas être un homme ordinaire : le poète Saint-Pol Roux, le romantique à la barbe de prophète, celui que les surréalistes considéraient comme le précurseur de la poésie moderne, avait trouvé là un cadre à sa mesure avant de disparaître, martyr de l'occupation allemande.

Les viviers à langoustes

Le temps est révolu où l'arrivée des grands langoustiers au retour des côtes d'Afrique donnait lieu à une activité fébrile sur le quai des viviers : les bassins vivent désormais au rythme tranquille des apports locaux. Mais, malgré la disparition de la flottille mauritanienne, les viviers continuent à s'approvisionner en langoustes : la langouste rouge, celle du pays, pêchée par les ' filets de raie ' camarétois, et non plus la rose capturée au casier sur le fameux banc d'Arguin. On y trouve également du homard breton, du tourteau, de l'araignée, ainsi que des coquillages (coquille Saint- Jacques, bigorneaux, huîtres, palourdes...).

Trois sociétés exploitent ces viviers et fournissent grossistes et restaurateurs. Mais ils sont également ouverts au public et pratiquent la vente au détail. Ainsi peut-ont acquérir des petits homards bretons « faibles » (blessés, ils ne survivraient pas longtemps dans le bassin en compagnie de leurs congénères).

Le champ des menhirs de Lagatjar

L'apparition de l'homme sur les pointes de Camaret est datée à 2.500 ans av. J.-C. Ces Camarétois de l'aube des temps ont laissé d'imposants témoignages de leur passage : les alignements mégalithiques de Lagatjar, sur la route de Pen-Hir. Ce champ de pierres dressées, dont les plus hautes atteignent près de quatre mètres, compte parmi les plus beaux de Bretagne.

Les menhirs, qui s'étaient couchés au fil du temps, ont été relevés en 1928.

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