Erika : La colère intacte des bénévoles

Erika : La colère intacte des bénévoles

Le procès de l'Erika s'ouvre lundi à Paris pour quatre mois. Sept ans après la catastrophe qui a souillé quelque 400 kilomètres de côtes, Hervé Récanati, un bénévole de Belle-Ile-en-Mer, n'a rien oublié.

Erika : La colère intacte des bénévoles

Au pied des aiguilles de Port Coton, à Belle-Ile-en-Mer, il a du mal à contrôler son indignation. Sept ans après. « C'est monté jusque-là avec les tempêtes qui ont suivi Noël 1999 », explique Hervé Récanati, en montrant du doigt le haut des falaises d'une trentaine de mètres qui surplombent l'un des sites les plus prisés de l'île. La marée noire de l'Erika, cet homme de 48 ans, l'a vécue de près. De très près. Il fut l'un des milliers de bénévoles qui, sur les îles et les côtes, ont « souillé leur chemise » des jours et des semaines durant.

Rien à voir avec l'Amoco

Et c'est la gorge nouée qu'il évoque le matin de Noël 1999. « C'était la première fois que je n'entendais pas la mer. Je suis allé sur la côte sauvage, à Donnant, tout seul au petit matin. Il y avait une drôle d'odeur. J'ai été le premier à ramasser un oiseau mazouté. C'était un guillemot. Je l'ai mis sur le bord d'une poubelle. Ce jour-là, 748 oiseaux ont été ramassés ». Hervé Récanati laissera à d'autres bénévoles les soins aux milliers d'oiseaux ramassés. Des jours durant, avec des centaines d'îliens, jusqu'à ce que le relais soit pris par les militaires, les entreprises, il a ramassé « cette saloperie ». En 1978 déjà, étudiant à Paris, il avait participé au ramassage du fioul de l'Amoco Cadiz, sur la côte nord. Il fera vite la comparaison. « Dès le départ, je me suis interrogé sur l'Erika. C'était bizarre. Il se ramassait comme de la moquette sur la roche. Le lendemain, il était déjà collé. Comme du chewing-gum. On associe le fioul à une certaine odeur. Celui de l'Erika sentait très mauvais, comme l'ammoniaque ».

Pas rassuré

Hervé Récanati raconte les efforts, des jours durant, sur la côte sauvage de l'île, pour aller chercher les nappes en mer, avant qu'elles ne touchent les rochers. « On les coupait à la pelle, on tirait les épais morceaux avec les grappins. Lorsqu'on ramassait une grosse quantité, c'étaient des hurlements de joie. Il y a eu des moments forts » (*). La solidarité, façon « si tous les gars du monde... » ne durera qu'un temps. Elle explosera sur l'île, avec son cortège de jalousies et de rancoeurs, lorsqu'il sera question d'argent et d'indemnisation. Et la dangerosité du produit ? « Je suis même tombé dedans. On a tous eu des problèmes aux yeux. On ne sait plus qui croire. Certaines personnes doivent bien savoir ce que c'était ce produit-là. Bien sûr que je vais suivre le procès ». Cancérigène et dangereux, le fioul de l'Erika ? Le Bellilois tire sur sa cigarette, ironise sur le danger pour ses poumons, mais n'est pas complètement rassuré.

« On a fait n'importe quoi sans le savoir »

Comme les autres, il n'a jamais eu la tenue qu'il fallait sur les chantiers. Son ciré jaune était devenu une boule noire. Pas grand monde ne portait de masque ou de lunettes, pourtant fortement conseillés. Trop dur pour travailler. « On a fait n'importe quoi sans le savoir mais ne rien faire aurait été pire. S'il n'y avait pas eu toutes ses petites mains... Les bénévoles n'ont pas été remerciés à la mesure de leurs efforts », regrette-t-il, un brin amer. L'un d'eux, Cissoko Sory, l'un des vingt sans-papiers venus comme bénévole sur l'île durant un mois, sera fait citoyen d'honneur de Belle-Ile, le 30 janvier. Il sera arrêté huit jours plus tard lors d'un contrôle en banlieue et aussitôt expulsé vers le Mali. Une cruauté supplémentaire !

* Rien qu'à Belle-Ile-en-Mer, quelque 4.800 tonnes de mazout et déchets ont été ramassées.

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