Entre la forêt et le lac, Huelgoat

Entre la forêt et le lac, Huelgoat

Huelgoat et sa forêt ensorcelante ont toujours été un aimant en centre Finistère. Aujourd'hui, portée par le tourisme, la culture et l’intérêt pour la nature, la ville retrouve de l’élan.

© René Tanguy | Les chaos magnifiques ont été le tombeau de pierre et de verdure choisi par l'écrivain Victor Segalen

Sans doute avais-je des prédispositions pour écrire sur Huelgoat : une enfance, une adolescence et une vie de jeune adulte en centre Bretagne, en lisière des chemins creux boisés d’essences locales, loin des zones commerciales avec giratoires et de l’afflux des touristes qui, même rares, avaient hérité de sobriquets plus ou moins heureux. Mes grands-parents, des agriculteurs nés à la fin des années 1930, pestaient au passage des voitures immatriculées dans une autre région que la nôtre : « Les doryphores sont de retour… », annonçaient-ils solennellement. Ils n’appréciaient pas « les grandes manières » de ceux qui, de retour au pays après l’avoir quitté pour voir ailleurs si l’herbe était plus verte, paradaient dans le bourg ; ni celles des touristes qui toujours se plaignaient du temps. Ils ne prenaient pas de vacances, mais s’accordaient, parfois, des escapades. Ils avaient en tête le calendrier des foires aux bestiaux organisées dans un rayon de soixante-quinze kilomètres. Au-delà, l’expédition devenait trop chronophage.

Le plan de Huelgoat le plus photographié de la Bretagne
On ne quitte pas le village sans un souvenir devant l'un des plans les plus photographiés de Bretagne. © René Tanguy

Un parfum d’enfance 

Situé à une cinquantaine de kilomètres de la ferme, Huelgoat n’avait pas beaucoup d’intérêt à leurs yeux, sinon celui d’être sur la route de la foire aux chevaux de Commana (arrêtée en 1968 et relancée en 1989) et d’héberger l’hôtel du Lac, dont la réputation était arrivée jusqu'à leurs oreilles. Peut-être en avaient-ils eu écho dans les pages du Télégramme ? Où l’avaient-ils entendu dans la bouche d’un voisin, de retour d’un « gueuleton de noce » dans ledit établissement ? C’était donc devenu une tradition : au début des années 1990, sur la route de Commana, avant de percer les paysages lunaires des monts d’Arrée, si différents des familières montagnes Noires (région de Gourin), ils faisaient étape à Huelgoat pour casser la croûte le midi, face au lac artificiel, creusé par les mineurs allemands dans la seconde partie du XVIe siècle, pour les besoins de la mine de plomb argentifère de Locmaria-Berrien. Ils appréciaient la vue mais, chauvins, temporisaient l’enthousiasme collectif de ceux qui les entouraient : « Ça ne vaut pas le lac de Priziac… », bougonnaient-ils devant les pleins et les déliés du menu. Doués d’un habile coup de fourchette et sensibles à la qualité et à la générosité d’un plat, ils goûtaient davantage au spectacle que leur offrait leur assiette. En hors-d’œuvre, des escargots farcis de beurre à l’ail. Puis un filet de truite aux amandes, servi avec des pommes de terre vapeur. Et, en dessert, une orange givrée. C’est en tout cas le souvenir qu’ils en avaient gardé. Il m’est arrivé de mettre leur parole en doute. Peut-être confondaient-ils avec le menu du Ty Blomen, sur la départementale 769, entre Lorient et Carhaix ? Agacés, ils balayaient le sujet : « Tout ce qu’on te dit, c’est qu’on y mangeait très bien et que ça devait être de ce goût-là. Et aussi, qu’il y avait beaucoup trop de doryphores autour de nous. » Dès lors, la messe était dite.

Longtemps donc, jusqu'à un passé récent, ma connaissance de Huelgoat s’est arrêtée aux portes de l’enfer et du paradis. Cette commune campée entre Carhaix et Sizun n’activait pas chez moi la machine à remonter le temps. Son parfum de madeleine ne chatouillait pas non plus mes narines. En revanche, chez d’autres, elle provoquait tout cela. Reconnaissons aux réseaux sociaux le pouvoir de mobiliser.

« Qu’évoque pour vous Huelgoat ? »

La question publiée sur Facebook a déclenché une flopée de commentaires. Tous racontent le goût de l’enfance. Le souvenir d’une randonnée dans la forêt, avec un parent désormais défunt ; les balades en pédalo ; le cornet de glace devant le spectacle d’un soleil couchant, assis sur un muret au-dessus du lac, dos au moulin du chaos ; les truites dans le panier de pêche ; une bataille de pistolets à eau dans la mare aux fées ; la cueillette des myrtilles dans les bois ; les parties de cache-cache du côté de la mine abandonnée ; le coup de rein d’un tonton pour faire vaciller les 137 tonnes de granit de la roche tremblante ; la traversée de la forêt à pied, pour rejoindre la grand-mère de Locmaria-Berrien, quand la neige stoppait net les voitures, etc. Des émotions de loin. Des souvenirs de peu. Les meilleurs.

Entre enfer et paradis

Mon amie Jacqueline Olivet, 58 ans, de 21 ans mon aînée, a décroché son téléphone pour me confier sa mémoire des lieux. Le souvenir est précis. Il est celui d’une gamine de Brennilis, fille de parents “cultivateurs ”, qui a grandi à proximité des panneaux directionnels de l’ancien chef-lieu de canton. Brennilis - Huelgoat, 9 km. De la petite ville nimbée de légendes, elle a gardé la saveur sucrée salée des crêpes savourées, à tout âge, dans l’emblématique crêperie Les Myrtilles, place Aristide-Briand. Avec ses 2500 habitants au milieu des années 1960, « C’était la ville! ». [...]

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Annick Fleitour
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