Erika : Reconnaître les traumatismes

Erika : Reconnaître les traumatismes

« Traumatisme », « choc psychologique », « honneur bafoué » : les présidents des régions de l'Ouest sinistrées par la marée noire de l'Erika, ont crié, hier au tribunal correctionnel de Paris, au « préjudice moral » , avec pour objectif d'obtenir du tribunal quelques centaines de millions d'euros de dommages et intérêts.

Outre la réparation des dommages, les régions veulent que la Justice leur reconnaisse un préjudice moral et écologique . « La mer, c'est notre terre. On a porté atteinte à notre identité. Notre honneur est bafoué » , a lancé Jean-Yves Le Drian, président du conseil régional de Bretagne, n ' hésitant pas à citer la devise de sa région : « Plutôt la mort que la souillure ». « Nous avons été touchés dans notre chair. Nous vivons dans la peur permanente d'une nouvelle catastrophe » , insiste-t-il. Pour François Patsouris, vice-président du conseil régional de Poitou-Charentes , c'est « l'altération des relations entre les habitants et la mer » , qui doit être prise en compte . « Il n 'y a plus la même relation de confiance avec la mer. C'est comme après un cambriolage. Même en changeant la serrure, ce n'est plus la même chose qu'avant » , a-t-il expliqué à la barre.

« Le paysage souillé la faune assassinée »

Pour la région des Pays de la Loire , son président Jacques Auxiette décrit « le paysage souillé, la faune assassinée et l'odeur de la mort » des oiseaux mazoutés, parlant d'une « population marquée par ce choc psychologique ». Président de l'Association nationale des élus du littoral et maire de Perros-Guirec (22), Yvon Bonnot raconte les difficultés des communes qui « traînent toujours cette image de pollution ». « Pour le préjudice direct, il y a eu indemnisation, mais le préjudice moral et l'effort de promotion touristique n'ont jamais été pris en considération » , a-t-il fait valoir. Si ces élus, tous parties civiles, insistent tant sur les « traumatismes » , c'est qu'ils veulent que la Justice condamne les responsables du naufrage - et ils visent en premier Total -, à leur verser d'importants dommages et intérêts reconnaissant ces « préjudices » . La partie n'est pas gagnée car la loi française, si elle prévoit des mécanismes d'indemnisation pour les dégâts ou le manque à gagner des professionnels du tourisme ou de la pêche, ne reconnaît pas l'existence d'un préjudice écologique difficilement quantifiable.

Un rapport sur le préjudice écologique

Aucun élu n'a d'ailleurs avancé de chiffre mais tous ont évoqué un rapport de l'Institut national de recherche agronomique (Inra), dont l'auteur doit être entendu aujourd'hui , et qui l'évalue entre 300 M€ et 400 M€ . Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue de protection des oiseaux (LPO), a dressé un tableau concret de ce préjudice écologique subi par les 400 km de côtes souillées par le pétrole après le naufrage de l'Erika en décembre 1999. Il chiffre à au moins 150.000 le nombre d'oiseaux ayant péri dans la catastrophe, un chiffre vraisemblablement très loin de la vérité, selon lui.

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