À télécharger gratuitement : Dans les pas d'un alchimiste

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Pendant le confinement, Bretagne Magazine vous propose de (re)découvrir des articles publiés ces dernières années. Voici un reportage dans les monts d'Arrée, dans les pas de Malo Kervern, un chercheur de minéraux, de silence et d'espace sauvage.

Publié le 06/05/2020
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Aperçu article de Bretagne Magazine dans les pas de l'achimiste, chercheur d'or
© René Tanguy
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C’est toujours un peu magique, la métallurgie ! », commente Malo Kervern, actionnant un énorme soufflet d’une main et, de l’autre, versant du sable récolté dans une rivière voisine à l’intérieur d’un petit four de briques réfractaires. Dopé par le soufflet, le charbon de bois rougit et la température dépasse les 1 000° C. Soudain, au bout de quelques minutes, un long éclat argenté perle en bas du four : de l’étain en fusion qui prend par endroits d’étonnantes teintes pourpres.

Il appelle ces giclées de métal, des « larmes de Jupiter ». « L’étain était associé au roi des dieux, explique-t-il. C’est l’un des métaux les plus faciles à produire et c’est lui qui a fait sortir l’homme de l’âge de pierre. L’étain, mélangé au cuivre, permet d’obtenir le bronze, un alliage dur et résistant qui va bouleverser l’agriculture et faire de nous des hommes modernes. »


Or, le sous-sol de la Bretagne regorge d’étain, même si le cuivre est plus difficile à trouver. « On s’aperçoit aujourd'hui qu’on trouve en Armorique parmi les plus anciennes traces de fonderies en Europe, commente-t-il. J’aime imaginer que c’est peut-être ici, en allumant un bûcher sur une plage et en voyant fondre l’étain, qu’on a compris la métallurgie. Les Bretons l’ignorent, mais ils possèdent une très vieille histoire industrielle et ils étaient à la pointe du progrès durant la Protohistoire et l’Antiquité. » La péninsule est alors associée aux îles Cassitérides, les “îles de l’étain”, qui pourraient désigner l’archipel du Ponant et le sud de la Grande-Bretagne, particulièrement la Cornouailles, au sous-sol très riche. Mais il n’y a pas que l’étain.

« On trouve ici la plupart des minéraux importants : or, argent, plomb, fer… », explique Malo Kervern. Évoquant les hauteurs du Porzay, où il réside, il ajoute, avec passion : « On y a découvert des scories en abondance. Il faut imaginer ces collines fumantes à l’époque gauloise, avec d’innombrables foyers d’où était extrait le fer. »

Paillettes d'or dans la main d'un chercheur de minéraux
Moins que l’argent, qui abonde, l’or est présent dans le sous-sol breton, plus souvent en paillettes que sous forme de pépites.
  • Chercheur de pépites

On retrouve Malo Kervern devant un magnifique chaos granitique, perdu dans les monts d’Arrée où il s’adonne à son activité favorite : la recherche de minéraux. L’activité est très réglementée et nécessite des autorisations. Lui-même travaille en collaboration avec le CNRS pour faire avancer la recherche historique et archéologique. « Il ne faut pas faire n’importe quoi et détruire des sites, ajoute‑t‑il. De même, il est très important de respecter l’environnement, comme, par exemple, ne pas creuser là où il y a des frayères en rivière. »

Méticuleusement, il déploie son matériel, creuse avec sa pelle et remplit sa batée de sable et de pierres. Les plus gros cailloux sont mis de côté et seront reposés là où ils ont été prélevés. Puis, lentement, il filtre et tourne l’instrument. « La gravité fait le travail, les minéraux se retrouvent au fond, car ils sont plus lourds. On évacue le sable et, à la fin, on regarde ce que l’on a trouvé. » L’endroit est idyllique, même si la végétation, parfois très dense, prend des airs de petite jungle. On pense à la Guyane. Des libellules tournent autour du chercheur et les poissons arrivent, attirés par les sédiments dans la rivière. Mais le meilleur est au fond de la batée : quelques grains de cassitérite et une ou deux paillettes d’or. Pas de pépites cette fois, « mais cela arrive parfois d’en trouver d’assez grosses ».

Malo Kervern est quelque peu réticent à évoquer ce dernier minerai. « On a toujours peur d’attiser certains fantasmes et que certains viennent détruire de très beaux sites naturels. Mais, oui, il y a de l’or en Bretagne. » Il est d’ailleurs exploité depuis longtemps, en témoignent plusieurs sites remontant à l’époque gauloise. L’argent se retrouve également en abondance. « On le sait peu, mais l’argent se trouve dans le plomb. Il existe plusieurs mines dans les Monts d’Arrée (Huelgoat, Locmaria-Berrien, Poullaouën), en fonction jusqu’à l’époque moderne. Elles ont profondément marqué la région. On s’aperçoit d’ailleurs que certaines pollutions dans la rade de Brest ont été causées par leur exploitation, à la fin du Moyen Âge. »

Auparavant, Malo travaillait dans la restauration de bâtiments anciens, jusqu’à ce qu’un accident ne décide d’un changement d’activité. « Je lisais un livre sur l’alchimie, cela a été un déclic. Les alchimistes d’autrefois étaient en fait des saltimbanques. Ils mettaient en scène des expériences de métallurgie, jouaient sur les couleurs et les effets spéciaux. En faisant fondre certains métaux, en associant certaines composantes, on obtient des flashs de lumière incroyables ! Comme l’argent, on trouve effectivement parfois de l’or avec du plomb ! Ils utilisaient du plomb pour récupérer l’or contenu dans d’autres métaux, ce qui devait produire un certain effet sur le public ! »

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  • Passion désintéressée

Dès lors, Malo Kervern associe sa passion pour l’histoire et les minéraux et la transmet à travers des stages et des journées d’animation. « J’aime faire découvrir au public la magie des métaux. Je veux aussi faire comprendre aux Bretons que la richesse de leur sous-sol explique en grande partie leur histoire ; que ce pays n’était pas du tout marginalisé dans l’Antiquité, mais, au contraire, inséré dans les grandes routes commerciales. »

Avec le résultat de ses prospections, Malo Kervern tente de retrouver les techniques de travail d’autrefois. Il a déjà permis de valider ou d’infirmer plusieurs hypothèses émises par les archéologues. « Nos ancêtres étaient très opportunistes et malins, explique-t-il. Ils avaient des procédés très efficaces qu’on a un peu oubliés avec l’industrialisation. » Malo Kervern s’est ainsi mis à reproduire des objets des âges du Bronze ou du Fer.

Il réalise des répliques et des creusets en argile qui lui permettent de fabriquer des haches préhistoriques ou des monnaies gauloises. Autant d’objets que les archéologues découvrent avec émotion, tant ils sont habitués à mettre au jour des pièces oxydées et dégradées. « J’utilise des matériaux qui ont les mêmes caractéristiques qu’à l’époque. Scientifiquement, c’est important car cela permet de vérifier leur résistance, leur fonction ou la façon dont ils vieillissent. »

Malo Kervern fait don de la plupart de ses découvertes à des musées et institutions dans lesquels il travaille, comme la Maison des minéraux à Crozon, le musée de la Préhistoire à Penmarc’h ou le Musée départemental breton de Quimper. Les pieds dans l’eau des Monts d’Arrée, au milieu d’un paysage de rêve, il philosophe : « Franchement, je ne fais pas ça pour l’argent… Au contraire, travailler dans de telles conditions, aucun milliardaire ne pourrait se l’offrir ! »

Cet article de Yann Chartier est extrait du Bretagne Magazine n°98 (novembre-décembre 2017).

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